Un (co)apprentissage de la coconception

Cette année, j’intervenais à nouveau auprès des 4e année « innovation » d’Ecole d’ingénieur de l’ISTIA pour une découverte de la coconception (voir les éditions 2013 et 2015).

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Les promos se suivent et ne se ressemblent pas. Si l’an passé, les étudiant(e)s avaient une créativité disruptive, la promo de cette année était remarquable par sa cohésion collective imperturbable, qui lui confère une force tranquille. Si elle est peut-être moins flashy ou bruyante que sa prédécesseuse, cela confère à cette promo une certaine efficacité.

On apprend de ces erreurs

La meilleure illustration de la force tranquille m’est venue de cette étudiante qui aura su me dire, le plus simplement du monde, avec sérénité et sans animosité, qu’elle s’était, à un moment donné, sentie lâchée et que je ne leur avais pas apporté tout le soutien qu’ils étaient en droit d’attendre. Merci à elle.

Il s’est avéré en effet que je n’ai pas assez poser le cadre, qui permet de sécuriser les participants, et ai été esseulé à un moment critique pour jouer mon rôle de facilitateur auprès de tous. Pour l’an prochain, je prévois de :

  • fournir une fiche-programme des 3 journées qui puisse servir de boussole (se repérer, garder le cap)
  • mobiliser 2 étudiant(e)s sur un rôle de coordinateur général, pour s’assurer que je ne sois pas seul à avoir une vision globale

Pourquoi coconcevoir ?

Je pose toujours cette question en début d’intervention pour appréhender les connaissances et les préjugés, corrects ou erronés, des étudiant(e)s. Depuis 2 ans, les réponses sont vraiment bonnes, preuve d’une infusion de cette approche.

Ce qui m’a marqué cette année, c’est la prédominance dans les réponses d’un pourquoi-cause par rapport au pourquoi-effet :

  • pourquoi-cause : bonifier la diversité des regards, compétences…
  • pourquoi-effet : répondre aux attentes des utilisateurs, aux usages

On retrouve cette prédominance dans les conclusions que tiraient les étudiant(e)s de ces 2,5 jours, avec de nombreuses occurrences autour des méthodes de travail de groupe (notamment la capacité à coproduire à l’échelle de la promo d’une vingtaine de personnes).

Seules 2 occurrences relataient le lien avec l’usager. C’est aussi sans doute dû au fait qu’il y avait une vraie interrogation de leur part sur la prise en compte de leurs travaux par les commanditaires.

Changer, oui. Me changer, euh… je vais y réfléchir

En effet, pour la 1ère fois, le sujet sur lequel les étudiant(e)s planchaient m’avait été fourni par l’ISTIA : il s’agissait de réfléchir au renouvellement de la semaine d’intégration, dans un contexte où l’ISTIA avait incorporé 2 instituts (ISSBA et IMIS) en son sein dans les 2 années précédentes.

Il fût ainsi intéressant de constater la grande diversité de perception de la semaine d’actuelle, et les contradictions qui se faisaient jour. Si globalement, tous les acteurs interrogés étaient ouverts au changement, finalement peu étaient prêts à s’y investir.

On touche là à une leçon que j’ai apprise assez tôt en me cassant les dents : réserver les démarches d’innovation aux enjeux stratégiques ! Car l’innovation implique de sortir de sa zone de confort, de prendre des risques (s’autoriser le droit à l’erreur), et on en s’en donnera les moyens que si c’est prioritaire (donc stratégique, porté par une Direction).

Reste donc à voir si l’ISTIA fera de l’intégration un des axes de son projet d’établissement pour les personnels (volet managérial) et les étudiants (semaine d’intégration, mais peut-être aussi des actions en continu). En tout cas, un premier changement s’est déjà opéré puisque des étudiant(e)s de la promo seront conviés au groupe de travail qui organisera la prochaine semaine d’intégration.

Epilogue

Un étudiant a regretté que nous ne soyons pas arrivé à LA solution. Sur le coup, j’ai répondu que dans le temps imparti, notre objectif était simplement de dresser des pistes et propositions de solutions. C’était vrai, mais j’ai raté je crois le fond de la question. Séance de rattrapage :

Ce que je crois entendre ici est l’illusion qu’à chaque problème, il y a UNE (et une seule) solution. Une approche typique d’un ingénieur avec un raisonnement mécaniste. Or, l’innovation, même quand elle a un degré élevé de technicité, est le fruit d’une appropriation par une personne, d’un usage (et souvent de plusieurs différents). Et là, on touche à l’humain, qui n’a rien de mécanique, et ce, d’autant plus quand on prend en compte les interactions sociales. Il en découle qu’il n’y a pas une solution mais de multiples possibles, qui peuvent, parfois pour un détail, se transformer en échec ou en réussite. Le chaos peut vous mettre KO.

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