En retraite pour une introspection collective

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Le 6 juin, un jour comme un autre pour débarquer, me voici arrivé au Couvent de la Tourette, près de Lyon, pour participer à la 2e rencontre des partataires-prestenaires gravitant autour de la 27e Région, cette association expérimentant et promouvant de nouvelles façons de concevoir les politiques publiques, en s’appuyant sur les apports du design et l’innovation sociale. Cette année, chacun avait invité un « +1 » : merci à Marie d’avoir pensé à moi. J’étais le seul agent public présent, donnant un peu le sentiment d’être un agent double 😉

Cette rencontre, initiée par des membres de cette communauté, était une occasion de partage d’expériences, de réflexion collective sur les pratiques et les intentions, d’ébauche d’actions communes…. et enfin de revoir des amis et de s’en faire de nouveaux.

Le programme s’est constitué sur place selon les modalités du forum ouvert (wikipedia). Parmi la grosse vingtaine d’ateliers organisés, j’ai composé mon programme de telle façon que j’ai eu 2 journées thématiques, dont je vais rendre compte.

Pour les autres sujets, je ne peux que vous donner envie : comment on sort de la p….. de concurrence ? Comment passer de l’expérimentation à la routine ? La place des sciences humaines et sociales dans nos démarches ? La place, le rôle des citoyens / habitants / usagers dans l’innovation publique ?…

Jour 1 : faire mouvement

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Pour cette première journée, j’ai suivi un cycle « politique-démocratie » :

  • atelier 1 : positionnement politique : avec et pour qui sommes-nous prêts à travailler ?
  • atelier 2 : écrivons notre parole politique
  • atelier 3 : enjeux démocratiques de notre action

L’actualité (élections, réforme territoriale) a certainement joué dans la sensibilité particulière à ces enjeux, même si cela s’inscrit dans la continuité de la vie politique des dernières décennies, et que cela « travaille » plusieurs d’entre nous (cf Questionnements sur le sens pour ma part).

J’en retiens :

 

Notre action est politique mais pas partisane

A titre individuel, chacun est libre d’adopter sa stratégie pour contribuer au changement :

  • caméléon : donner une image neutre, et appliquer ensuite ses méthodes selon son éthique
  • coq : afficher ses valeurs et limiter ses collaborations à des acteurs qui les approuvent

Néanmoins, à titre collectif, il semble important de pouvoir faire entendre une parole politique. Cette parole collective n’a pour moi pas vocation à être homogène et unanime. Il s’agit plus d’être en capacité de mettre dans le débat public les enjeux qui nous tiennent à cœur, avec nos contradictions et nos conflits, en s’appuyant sur nos expériences. C’est ce que j’appelle « faire mouvement » : les contours ne sont pas nets, le sens n’est pas pleinement défini, mais on perçoit une certaine solidarité de l’ensemble, un souffle, de l’intérieur et de l’extérieur.

L’idée d’une collection d’ouvrages me semble une partie de la réponse à cet enjeu : elle permet une parole plurielle, le débat d’idées, tout en assumant une certaine ligne éditoriale qui la distingue des autres. Il y a sans doute d’autres pistes à explorer (cf jour 2 : animer une communauté). En tout cas, la définition de cette ligne politique doit rester un éternel inachèvement, ce qui explique que le sujet revenait cette année après avoir été traité lors de la 1ère rencontre en 2013. Il y a fort à parier qu’on pourra en parler l’an prochain.

 

Définir des principes éthiques

Plus d’un positionnement politique, ce sont plus des principes éthiques sur lesquels nous avons travaillé. L’émergence de ce nouveau champ professionnel (dont plusieurs ateliers ont cherché à nommer, sans succès définitif j’ai l’impression) laisse aujourd’hui les praticiens seuls face à des questions et des doutes. On ressent le besoin de se doter collectivement d’un guide pour notre action.

Plusieurs propositions sont déjà sur la table, et un travail de rédaction est prévu.

  • Être bienveillant envers les participants à nos propositions de coconception (usagers, habitants, élus, citoyens,…)
  • Chaque participant à une parole légitime (principe démocratique)
  • Garantir l’universalité du service public peut se faire dans la diversité
  • Accepter de ne rien faire faire plutôt que de mal faire (ça peut sembler évident, mais assumer l’inaction n’est pas toujours facile) (principe de précaution).

Au final, cela rappelle tout de même beaucoup l’approche du mouvement de la transition (wikipedia) : vision positive (désir), inclusion, priorité au local (subsidiarité), adaptabilité, capacitation,… Mais peut-être était-ce simplement lié aux participants de l’atelier. A suivre.

 

Démocratie : une discussion « à ravoir »

Mon entrée sur ce thème était : peut-on passer du design des politiques publiques au design de la politique ? Car force est de constater que notre démocratie ne donne pas pleinement satisfaction, et que la renouveler ou l’enrichir ne serait pas du luxe, alors pourquoi pas avec nos nouvelles approches ?

Mais d’autres approches se sont fait jour sur la prise en compte de l’enjeu démocratique au cœur de nos pratiques sur la conception des politiques publiques.

Bref, c’était une première pour poser un peu cela sur la table, et cela demande à mûrir.

 

Jour 2 : animer la communauté

Une communauté peut être accueillante mais conservé ses espaces réservés.

Une communauté peut être accueillante mais conservé ses espaces réservés.

La matinée de cette seconde journée m’a permis de participer à la réflexion sur les outils communs dont doit se doter la communauté (et incidemment quelle communauté ?!) :

  • atelier 1 : une école, des formations
  • atelier 2 : quelle forme et quels outils pour notre communauté ? Avec l’enjeu sous-jacents : comment passe-t-on à 200 ?

Ce fût l’occasion pour moi de constituer un panorama des regroupements d’acteurs plus ou moins formalisés et des outils existants et potentiels, en m’appuyant sur l’expérience du travail conduit à la Mission Val de Loire dans l’animation des réseaux d’acteurs (et de mes expériences associatives et citoyennes).

 

Association, club, réseau, collectif, fédération, communauté, mouvement ?

Beaucoup de concepts brassés dans les échanges : il semble y avoir besoin d’éclaircir (comme les pommes) et/ou d’éclairer (car dans l’obscurité, tous les chats sont noirs).

En s’appuyant sur une diversité de réalités vécues :

  • Celle de l’association « La 27e Région », à laquelle chacun peut devenir adhérent.
  • Celle du réseau des partataires-prestenaires, parfois perçu comme un un club, que l’on rejoint par les projets menés avec la 27e Région.

  • Celle d’une communauté de sympathisants, agents (dont le partitaire-commandenaire que je suis) ou tiers-acteurs qui souhaitent contribuer à faire avancer « la cause ».

  • Celle d’autres communautés avec qui faire alliance ou non.

Tentative personnelle et provisoire de formalisation :

Quoi ? Qui ? Entrée ? Pour quoi ?
Association « La 27e Région » Adhérents : collectivités, individus + une place à trouver pour les partataires-prestenaires Adhésion Voter à l’AG sur les orientations et le CA.
Réseau des partataires-prestenaires Partataires-prestenaires (designers, sociologue,…). Avoir participé à un programme de la 27e Région Echanges de pratiques professionnellesPromotion d’intérêts collectifs ?
Communauté des sympathisants de la 27e Région Sympathisants (agents, élus, professionnels, tiers-acteurs, citoyens) Se sentir membre (reconnaissance à double sens : je me reconnais dans l’objet commun, et je me sens reconnu comme acteur par la 27e Région) InformationSoutien à la 27e Région et promotion de ses sujets (« tous ambassadeurs »)Echanges de pratiques

Ces 3 entités ne sont pas étanches et doivent s’articuler, notamment à travers les outils à pérenniser ou créer. Tout comme la communauté doit être ouverte à son environnement : elle peut s’inscrire dans un mouvement plus large, établir des connexions avec d’autres communautés,… A ce propos, il a été question de la réalisation d’une carte géopolitique de cet environnement.

 

Des outils pour entretenir et développer la dynamique

Chaque entité doit disposer d’outils propres à ses usages. Je me focalise sur les outils qui m’intéressent et qui ont fait l’objet des discussions (même si j’étends parfois).

Ainsi, je ne spécule pas sur les outils propres au fonctionnement de l’association. Pour autant, les outils destinés aux autres entités peuvent être, pour certains, produits et animés par l’association, dans son rôle de « tête de réseau ». A ce titre d’ailleurs, elle assure le lien avec l’international.

Outils numériques et papier

Rencontres

Communauté des sympathisants de la 27e Région Site web, avec commentairesAgendaListe de diffusion (Newsletter)

Livrets (La 27e Région, Re/Acteur public, livret d’accueil ?)

Grand événement (ex : Design Public Local)Apéros 27e Région (sur tout le territoire)Correspondants locaux
Réseau des partataires-prestenaires Cartographie des acteursAgendaListe de discussionsBourse aux formations

Formations en ligne (vidéo, skype)

Rencontre annuelle des partataires-prestenairesAutres rencontres intermédiaires (type intertransfo ?)Formations en présentiel

Si on zoome sur quelques outils :

Correspondants locaux

[Précaution d’emploi : on travaille sur le sujet à la Mission Val de Loire, ce qui peut faire que je poursuive une idée fixe] L’idée est de pouvoir reconnaître ce statut à des sympathisants particulièrement actifs de la communauté, afin de faciliter son développement dans tous les territoires : ces correspondants sont un contact de proximité qui peuvent ensuite relayer vers l’association et des partataires-prestenaires, ou d’autres sympathisants. Ils organisent des Apéros 27e Région et diffusent les livrets. Ce statut pourrait être attribué par l’association, en s’assurant que le « candidat » a le profil. Bien sûr, tout le monde aura compris que j’ai créé cette « fiche de poste » sur mesure pour moi 🙂

Cartographie des acteurs

Il s’agit de révéler l’état des forces actives, c’est-à-dire les praticiens, en distinguant les partataires-prestenaires et les correspondants locaux (pour lesquels je pense aussi aux agents des labos dans les Régions suite au programme La Transfo ou des à acteurs ayant accueilli des résidences).

Dans la même idée, les rencontres des partataires-prestenaires et la bourse aux formations pourraient être ouvertes aux correspondants locaux, sur invitation ou de manière généralisée.

 

Je me suis engagé à creuser cette question des outils numériques, ce que je vais engager en gardant à l’esprit que les outils numériques seuls n’ont pas de sens et qu’ils s’intègrent dans une vision globale, le numérique n’étant qu’une dimension supplémentaire de notre espace-temps.

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3 responses to “En retraite pour une introspection collective”

  1. Pauline Scherer says :

    Merci Mickael pour cette trace précieuse! je suis avec toi bien sur dans ce mouvement politique inachevé… 🙂 Pauline

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