Se former [Innovation 4/6]

Lors d’un apprentissage d’un nouveau métier, on est concentré au départ sur ce qui est le plus facilement appréhendable, le visible, le tangible, le matériel, que constituent l’équipement, les outils, l’uniforme,…
Puis au fur et à mesure, on perçoit, au-delà, l’invisible, le sensible, l’immatériel, que constituent la technique, la méthode, le savoir-faire, la culture,…

C’est cette double détente dont je rends compte ici.

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Des bons outils ne font pas un bon artisan… mais ça aide

Des nuées de post-its… aux nuits de forums ouverts

Il existe quantité d’outils et de techniques, et il s’en inventent tous les jours.
Pour une première approche, je conseille ces sites :

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Attention, l’usage immodérée de post-its peut nuire à la santé mentale 😉

Pour une vision un peu panoramique de ce que cela peut donner pour un process complet de conception, il y a cet exemple, adapté au métier du web, que j’avais trouvé particulièrement riche (c’est le résultat de plusieurs années de travail comme le signale l’intervenant) :

Ce qu’on en retient aussi, c’est que les outils développés constituent une palette dans laquelle le concepteur va venir piocher en fonction des besoins et des contraintes (temps, budget) du projet.

 

Pour découvrir de nouveaux outils, les mouvements sociaux sont de bons vecteurs. Je pense par exemple au « Manuel de la transition » de Rob Hopkins, qui fourmillent d’exemples d’outils et techniques pour établir un contact, tisser des liens, favoriser l’engagement, coproduire, entretenir une dynamique communautaire.

Meshwork au KlimaForum à Copenhague en 2009

Meshwork au KlimaForum à Copenhague en 2009

Mais il ne faut pas faire d’angélisme, car nous sommes loin d’une appropriation généralisée des outils et techniques favorisant l’émancipation.

Une participante au FSM (wikipedia) à Tunis faisait part par exemple de étonnement face à l’hégémonie des « méthodes conservatrices » (texto) dans la tenue des différentes activités, avec les classiques conférences ou pseudo-débats où les participants sont cantonnés dans un rôle de public passif.

Une assemblée de convergence à laquelle j’ai participé a justement mis l’accent sur ces aspects de méthode (lire la déclaration) : quelle capitalisation des productions des forums ? quels outils pour permettre la poursuite des échanges entre deux forums ? quelle méthodes d’évaluation dans un souci d’amélioration permanente ? quel techniques d’animation pour une participation réelle de tous ?
Bref, j’étais ravi de constater que nous étions plusieurs à nous mobiliser pour dire qu’une autre manière de faire est possible !

Atelier en sous-groupe lors d'une assemblée de convergence à Tunis au printemps 2013

Atelier en sous-groupe lors d’une assemblée de convergence à Tunis au printemps 2013

Deux grilles d’analyse macro et micro

Je veux présenter ici deux grilles d’analyse issues de la Transfo qui me semblent structurantes pour conduire une démarche d’innovation. Elles permettent d’appréhender deux échelles différentes, même si les appliquer à l’autre échelle que ce que je vais présenter aurait certainement un potentiel créateur.

Macro : les « modes opératoires » d’un projet

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Ces modes opératoires ont été produit dans le cadre de la Transfo Pays de la Loire (lors de la Semaine 6). Ils visent à appréhender différemment des étapes classiques d’un processus de conception pour faciliter la recherche de solutions innovantes.

Voici comment je les traduis :

Etape classique Mode opératoire innovant

Diagnostic

Capitaliseur Synthétiser le contexte du projet à partir d’une démarche de veille mutliforme dans un périmètre élargi, incluant des capteurs de signaux faibles internes et externes.

Commande politique

Démarreur bienveillant Réinterroger la commande, en la « challengeant » afin de s’assurer qu’elle décrit un besoin sans imposer une solution et que son expression correspond bien à une attente ou une priorité.

Définition du pilotage

Fabrique des mandats Constituer une équipe projet transversale (à l’organigramme) voire étendue (hors de l’organisation), associant les compétences et connexions utiles à la recherche de solutions.

Etude de faisabilité

Explorateur des usages Concevoir à partir des usages pour ouvrir des perspectives hors du cadre de la commande initiale et contribuer à la conception de solutions en phase avec l’écosystème socio-technique.

Etude de définition

Atelier des prototypes Avoir recours au maquettage et au prototypage pour tester plusieurs types de solution. Les enseignements permettent de déduire des recommandations pour alimenter la conception d’une (première) solution.

Mise en œuvre

Production

Déploiement

à imaginer Cette étape n’a pas fait l’objet d’un mode opératoire car la Transfo s’est focalisée sur la conception des politiques publiques et non la production. Après celui de la coconception, le chantier de la coproduction reste ouvert.

Evaluation

Retour en réalité Identifier à partir de l’observation les effets positifs et négatifs à plusieurs échelles (individuel, sociétal, de l’organisation,…), qu’ils correspondent ou non à des objectifs initiaux.

Ces modes opératoires ont fait l’objet d’expérimentations et conservent une part d’indétermination. Ils ne constituent pas un catalogue de procédures normées.

Cette grille d’analyse peut néanmoins être utilisée pour proposer des modalités d’intervention à partir d’un ou plusieurs modes opératoires en fonction des attentes du commanditaire et de l’état des lieux. La correspondance aux étapes classiques facilite la compréhension pour les interlocuteurs tout en pointant l’originalité de la démarche proposée.

La linéarité (ou circularité dans une démarche itérative) n’est qu’apparente. Par exemple, la fabrique des mandats peut intervenir pour chacune des phases : définir qui va être impliqué sur quelles missions pour la mise en œuvre de cette phase.

Micro : les « rythmes » d’une séance de travail

 

Cet enjeu a été exploré à l’occasion d’une journée de formation dédiée à la conception / animation d’une séance de travail.

Différents rythmes sont à prendre en compte pour la construction d’une séance de travail :

Rythme…

A prendre en compte

…des contenus

Cela correspond à la planification des objets et objectifs de travail, et constitue le programme qui est communiqué aux participants.

…physiologique

Bien connu des enseignants, avec l’éveil, le coup de fatigue, les baisses d’attention,…

cognitif

La construction de la pensée emprunte de multiples cheminements qu’il faut suivre pour atteindre l’objectif : du général au particulier ou inversement, de l’individuel au collectif ou inversement,…

des rapports sociaux

L’être humain est un être social, et les relations avec les autres se tissent de manière formelle (le protocole) ou informelle (les discussions à la pause café,…).

des contraintes matérielles

Les temps de mise en action accentués par l’effet de groupe, notamment les temps de déplacement (changement de salle, passage en sous-groupes,…).

 

Cette grille constitue un pense-bête pour s’assurer de ne pas avoir oublié une dimension. Car, toutes étant inhérentes à une séance, elles se manifesteront forcément, éventuellement au dépens du programme envisagé, par exemple sous forme d’une pause plus longue que prévue (indispensable aux participants pour se connecter) ou d’une demande d’explication (préalable pour appréhender les objectifs ou les modalités du travail).

Le savoir-faire de l’artisan

Savoir quoi faire avant de savoir comment faire

Une boîte à outils bien remplies et la capacité à les utiliser ne sera que de peu d’utilité si l’on ne sait quel outil utilisé dans quel contexte et pour quel objectif.

D’autant plus qu’au vu de la dimension sensible que doivent prendre en compte ces outils qui s’adressent à des humains, il est souvent indispensable d’adapter ces outils à la culture des personnes concernées.
C’est que je résumais dans ma présentation aux étudiants de l’ISTIA sur la co-conception (diapos ci-dessous) par « utiliser l’outil adapté » et « adapter l’outil utilisé ».

Pour chaque intervention, les premières étapes sont :

  1. appréhender le contexte
  2. définir les objectifs
  3. choisir et adapter l’outil

Agir ainsi démontre « de la méthode », mais le caractère subjectif assumé de ces étapes exclut toute normalisation à travers « des méthodes ». La démarche ne peut donc pas s’industrialiser et demeure intrinsèquement artisanale, ce qui permet de considérer qu’on a justement affaire à un métier.

De manière plus opérationnel, j’ai listé 5 questions à se poser :

  • participants ?
  • livrable ?
  • cadre ?
  • supports ?
  • facilitateur ?

A partir de la diapo 22 :

 

4 a(p)t(t)itudes à cultiver

Elles constituent des qualités pour innover, mais peuvent être considérées à raison comme des défauts si l’on se donne d’autres objectifs. Cela est à garder en tête pour savoir faire appel à d’autres personnes si l’on souhaite fédérer, consolider, développer…

Cette liste n’est certainement pas exhaustive, et est sans doute biaisée par ma propre perception et personnalité. Pour autant, je trouve qu’elles s’imbriquent de manière assez logique.

Curieux

Le monde est si vaste et notre ignorance si grande : plus l’on sait, et plus la conscience de notre ignorance grandit, ce qui développe une certaine humilité et l’inclinaison à apprendre encore. La soif d’apprendre contribue à ne pas réinventer la roue et à monter sur les épaules de géants pour découvrir de nouveaux horizons.

Still, while we celebrate all of what is new, let us not forget the significance of what is old. In this way, we can build on the shoulders of giants rather than reinventing the wheel. – danah boyd, 2007

Dans une époque où le réseau a une telle force symbolique, il devient évident que les chemins d’un point à l’autre sont légions. Sortir des sentiers battus doit être vu comme une opportunité d’en découvrir de nouveaux.

(Auto)critique

S’autoriser le doute, c’est le fondement de la démarche scientifique et de notre modernité. Ce doute n’est pas un doute de soi, au sens de ses capacités c’est-à-dire de son pouvoir, mais un doute de son savoir.

C’est donc, s’autoriser l’erreur, ou sans forcément aller jusque là, penser que l’on peut toujours faire mieux.

J’utilise le pronom réfléchi, car il est indispensable de savoir balayer devant sa porte, pour être crédible dans ses critiques d’autres idées ou propositions.

Imaginatif

Savoir ne pas chercher à avoir LA bonne idée ou à avoir raison contre les autres, mais avoir pleins d’idées et savoir, tel un art martial, utiliser la force critique des autres pour générer de nouvelles idées.

Souvent les idées ne viennent pas quand on les cherche. Il faut savoir les accueillir à tout moment (sous la douche par exemple ! A quand des douches dans les locaux professionnels 😉
Sur l’inspiration et le processus créatif, j’ai beaucoup aimé ce message d’Elizabeth Gilbert:

Synthétique

Avoir la capacité à donner sens à la multiplicité de ce qu’on perçoit (processus de veille – cf curieux) et ce que l’on produit (processus d’idéation – cf imaginatif).

Identifier des concepts et les articuler, détecter des métadonnées pour classer les objets, percevoir ce qui fait système et les dynamiques à l’œuvre.

* * *

Ce billet fait partie d’une série :

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