Désapprendre [Innovation 2/6]

C’est plus dur que d’acquérir de nouveaux savoirs ou de nouvelles compétences, car cela nécessite de revoir ses paradigmes et d’accepter de perdre en efficience en remettant en cause des automatismes. Mais c’est indispensable comme le rappelle la citation de Gandi mise en exergue de cette série.

Voici donc mes deux plus grands désapprentissages.

1 problème > 1 solution

L’approche classique « mécaniste »

L’adage « un problème, une solution » peut-être compris dans un sens positif : en cherchant bien, on trouvera toujours une solution. Mais, il peut aussi est compris dans un sens restrictif : à chaque problème sa solution, LA solution unique ou en tout cas la meilleure.

C’était une déformation que j’avais déjà identifié en écoutant Bill Buxton, designer chez Microsoft : (le passage de 31’00 à 33’30)

L’argument est que si l’on ne propose qu’une seule solution, on va s’identifier à cette solution, et toute remise en cause de cette proposition sera vécu comme une remise en cause personnelle. Il est alors difficile de se sortir de cette impasse.

J’ai pu l’éprouver au contact de prestataires à la faible écoute client, qui ne supportaient pas que le client réinterroge la (leur) solution, vécu comme une remise en cause de leurs compétences (renvoyant bien sûr le client à son incompétence, merci pour lui).

C’est une vision souvent ancrée dans la culture mécaniste de l’ingénierie.

L’approche innovante « exploratoire »

L’approche créative du design permet d’éviter ce piège.

En effet, si l’on prend un problème, il y a plusieurs façons de le voir, qui chacune vont permettre d’entrevoir des « bouts » de solution, qui permettront de composer des esquisses de solution (maquettes), dont on pourra tester certaines (prototypes), avant de choisir et de finaliser 1 solution, toujours entendue comme provisoire, dans un travail itératif.

Phase exploratoire

Bref on passe de 1 > 1 à 1 > 5 > 15 > 6 > 3 > 1. Autant d’étapes qui augmentent sans doute le risque d’erreur, mais qui augmente aussi les chances de les corriger, quand dans la première option, on n’a pas le droit à l’erreur. Cet argument devrait être plus souvent utilisé pour justifier le « droit à l’erreur » que la 27e Région défend, et qui est difficilement entendable dans le cadre du paradigme de rationalité et d’obligation de résultat de nos institutions.

Pour faire bonne mesure, j’ai également eu l’occasion de rencontrer des prestataires adeptes de cette approche.

Si j’ai mis ce point dans « désapprendre », c’est que si ce biais est facilement identifiable chez les autres quand on est dans la posture du client-roi, il demande un effort pour se l’appliquer à soi-même et ne pas retomber la facilité, inefficace au final, de la solution unique ou toute faite.

 

Le fond est primordial, la forme est secondaire

Revaloriser la question de la forme

La question de la forme est souvent évacuée dans la production d’un travail intellectuel, pour notamment deux raisons :

  • elle est perçue comme secondaire par rapport au fond, dans les deux sens du terme : à traiter après le fond et accessoire.
  • certaines formes dominent tellement, que les alternatives ne sont même pas imaginables

Sur le premier point, on retrouve le syndrome connu de la fonction communication souvent cantonnée en queue de projet pour la mise en forme et la diffusion d’une production réalisée sans s’en soucier. Ce qui signifie, au fond, sans ce soucier des destinataires de cette production.

Sur le second, la rédaction (résumé ou dissertation) du système éducatif nous prépare à la note (note de synthèse ou rapport) du monde du travail. Il ne semble pas y avoir pas de salut hors les paragraphes de texte enchaînés, en noir sur blanc, les seules variations étant les passages tous les 10 ans à une nouvelle police de caractère.

Je grossis, à peine, le trait.

Quoi qu’il en soit, ce sont des points que j’avais pu appréhendé depuis plusieurs années, notamment en m’intéressant au bon usage de powerpoint (pas un document texte mis en diapo) puis en appréhendant le métier de la communication en arrivant à la Mission Val de Loire. Ce n’était donc pas l’objet de mon désapprentissage, mais cela ne fait pas de mal de verbaliser ces enjeux.

Atelier des prototypes

Comment penser la forme renvoie au fond

La révélation aura plutôt été de prendre conscience comment les questions de forme renvoient forcément à des questions de fond. Surtout lorsque comme moi, on a un esprit rompu à l’abstraction, et que l’on prend du plaisir à manipuler les concepts.

Diapositive1

« Ce que l’on conçoit bien s’énonce clairement,

Et les mots pour le dire arrivent aisément. »

– Boileau (L’Art poétique, 1674)

Ainsi, matérialiser des idées en les réalisant, c’est-à-dire en leur donnant forme permet de tout de suite identifier les impensés, les contradictions ou de conforter la cohérence. J’en avais fait pourtant l’expérience comme chef de produit au moment de maquetter des écrans web, mais ce n’était sans doute pas suffisant pour me convaincre que la mise en forme, la matérialité et l’expérience sont pleinement parties prenantes d’un processus d’idéation qui cherche à influer sur le monde.

Une fois cette « évidence » révélée s’ouvre alors automatiquement le champ des formes utilisables pour rendre visible une idée : image, photo, schéma, 3D, maquette en carton, légo, déguisement et accessoires, mise en situation, jeux de rôle…

Formes

*          *          *

Ce billet fait partie d’une série :

Publicités

Étiquettes : , , , ,

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :