Citoyen engagé recherche (désespérément) Communication publique 2.0

CC Melvin Gaal (Mindsharing.eu) @Flickr

CC Melvin Gaal (Mindsharing.eu) @Flickr

Je mûrissais depuis un bout de temps ce thème de la communication 1.0 vs communication 2.0, et la dernière journée de la participation de la Ville d’Angers m’a motivé à formaliser un peu cette réflexion.

Trop de com’ ?

C’est un refrain souvent entendu. L’attaque la plus récente est venue d’une étude de l’agence Public Evaluation System (tout un programme !) relayée par Le Figaro et Rue89 (un vrai succès en terme de com’;-), puis localement par les médias locaux sans investigations complémentaires (ici par exemple, même si le principe du site permet d’approfondir dans les discussions associées à l’article).

L’étude établit un palmarès des dépenses de communication des 33 communes de plus de 100 000 habitants. Angers s’y classe 12e en dépense par habitants, « devant Lyon, Nantes, Rennes ou encore Marseille » s’en offusque un internaute dans les commentaires de l’article précité, sans prendre en compte que ces grandes collectivités bénéficient certainement d’économies d’échelle non négligeables.

Marc Thébaut, éditorialiste à Cap’ Com, l’association des communicants publics, explique les limites de l’étude dont la méthodologie laisse à désirer, rappelle la nécessité de la communication publique, sans cacher les besoins de transparence de cette activité

En tout cas, les participants à la récente journée de la participation à Angers, et je l’ai encore entendu lors de la dernière plénière de l’Agenda 21 des cultures, étaient demandeurs de plus d’informations :

  • avoir une vision sur les projets de territoire pour ne pas construire une proposition en décalage avec d’autres décisions / projets
  • avoir un retour systématique sur les projets imaginés quelle que soit sa nature, positive ou négative
  • revoir les modes de communication pour dépasser l’habituelle réunion et proposer pourquoi pas des actions culturelles (on peut penser par exemple aux expériences de crieurs de rue)

A noter qu’une participante relevait que l’accueil par le personnel communal incitait le citoyen à s’intéresser à la vie publique. C’est un bon point pour un aspect de la communication souvent négligé par les gros titres de la presse.

 

Ou trop de com’ 1.0 ?

La problématique n’est donc sans doute pas le volume de communication que la nature de cette communication.

Ces derniers mois, la politique de la Ville d’Angers semble s’être axée sur un recentrage vers un communication publique 1.0. Cette qualification 1.0 est reprise du web, où la communication était initialement de 1 vers n interlocuteurs (les premiers sites internet) avant de passer au web 2.0 permettant la conversation entre n interlocuteurs (les réseaux sociaux comme Facebook, pour faire très court).

Les deux projets phares sont :

  • l’installation de panneaux lumineux par JC Decaux
  • le lancement d’Angers Télé

Sur le premier point, plusieurs dépôts de plainte ont été déposés dénonçant la violation de plusieurs lois et règlements (publicité, environnement, patrimoine). L’instruction judiciaire est en cours depuis plusieurs longs mois, démontrant la misère de notre justice et son inégalité : le flagrant délit et la comparution immédiate étant réservés à une partie de nos concitoyens. L’état de fait étant imposé par l’alliance Mairie-Decaux à l’état de droit.

Sur ce second point, la réponse apportée à la question « Avec comme principaux financeurs, la Ville d’Angers (400 000 euros) et l’Agglo (300 000 euros), la première année, comment pouvez-vous garantir une totale indépendance éditoriale à vos téléspectateurs ? » est bien faible, avec une confiance en l’ordre naturel qui semble bien naïve.

Mais, au-delà de ces deux exemples qui font la Une de la presse, des participants aux journées signalaient également la nouvelle formule du magazine Vivre Angers où la place dévolue aux informations des conseils de quartiers a disparu. On peut encore citer les cérémonies des vœux dans les quartiers. Même la dernière assemblée annuelle de quartier m’a laissé sur ma faim en termes de capacité de contribution, même si le Maire a su écarter le protocole pour laisser l’expression libre aux participants qui ont quand même dû l’exiger.

 

A quand une com’ 2.0 ?

Il ne suffit pas d’utiliser des outils web 2.0 pour que la communication soit 2.0. C’est bien l’intention qui compte : une volonté de promotion publique, voire politique, ou une volonté de faire vivre le débat public sur les politiques publiques.

Certains pourraient dire que faire vivre le débat public ne relève pas de la collectivité qui met en œuvre la politique d’une majorité élue, mais est le rôle que doivent jouer, notamment, la presse. Sans rentrer dans l’état actuel de la presse, ou de la transformation des médias devenus sociaux, on peut légitimer le besoin de faire vivre le débat public à partir du moment où la collectivité s’engage dans une démarche participative. Cela est d’autant plus évident quand l’objet de la participation n’était pas dans le programme de la majorité élue ou que même celle-ci recherche des avis pour concrétiser une simple idée.

Bien entendu, la fonction d’émission d’informations (1.0) par la collectivité sur son action, ses services, ses projets demeure, mais ce n’est plus la seule. En parallèle, la collectivité jour le rôle d’un facilitateur d’expression, de débat, de co-construction (2.0).

Pour reprendre le parallèle avec les débats sur internet :

  • Dans une communication publique 1.0, la collectivité jour le rôle d’éditeur des contenus diffusés.
  • Dans une communication publique 2.0, la collectivité jour le rôle d’hébergeur des conversations.

 

Type de communication

1.0

2.0

Rôle de la collectivité

éditeur

hébergeur

Fonction

émetteur d’informations

facilitateur d’expression

Chaîne de production de l’information

Les informations peuvent être de sources multiples mais sont centralisées et passées au filtre éditorial par la collectivité avant publication (choix de diffusion, priorisation, réécriture, mise en avant ou en contexte,…) Les informations sont publiées directement par des sources (même indirectes) sans filtre préalable. L’éditorialisation est réalisée par l’auteur et potentiellement par l’ensemble des lecteurs (modification, commentaires, votes, tags/mots-clés associés,…)

Exemple 1:

panneaux d’information

Panneaux lumineux numériques: pour y diffuser de l’information, envoi de l’information à la Direction de la communication qui se charge de la publication. Panneaux d’affichage libre: n’importe qui peut accrocher / coller une affiche à n’importe quel moment, et recouvrir, tagger (au sens premier) les affiches déjà présentes.

Exemple 2:

site web

Site web classique: l’information est mise en ligne par les services municipaux. Site web participatif: n’importe qui peut publier de l’information, et au minimum commenter celle des autres.

 

 

Internet, des flux et une mémoire

On le voit dans les exemples, une communication publique 2.0 ne nécessite pas nécessairement l’usage des dernières technologies de l’information et de la communication, les bons vieux panneaux d’affichage libre (en voie de disparition) en étant de bons exemples.

Néanmoins, internet a des avantages, car c’est un média de flux qui permet une information en continu, doté d’une mémoire, permettant ainsi de capitaliser les productions.

Ceci permet de facilement raccrocher les wagons d’un processus de participation sur un projet, en se mettant à niveau en termes d’information sur le projet, d’hypothèses déjà émises, d’arguments déjà avancés, d’orientations déjà prises,… optimisant ainsi ma participation pour moi-même et pour les autres.

C’est pourquoi une des demandes principales des acteurs engagés dans la participation revient vite vers un site web participatif. Cela est donc revenu lors de la dernière journée de la participation. A cette occasion, le maire n’a pu qu’admettre que la ville avait pris du retard sur ce sujet pour des raisons diverses qu’il n’a pas listées, exprimant son regret et indiquant que la nouvelle version du site dévoilée fin février serait une base pour engager ce chantier.

Je suis resté dubitatif, ayant personnellement fait une offre de service, à titre professionnel (dès 2009), puis à titre citoyen, c’est-à-dire bénévole (en 2011) pour contribuer à la conception d’une plateforme web de la participation dont j’avais dressé les premiers contours. Ces offres n’ont pas dépassé le stade de l’entretien, où l’on a dit tout l’intérêt pour mes propositions, sans qu’il n’y ait de concrétisations, avec ou sans moi.

Pourtant, l’absence de résultat est là, démontrant de mon point de vue :

  • un manque de ressources (j’écrivais en 2009 à l’adjoint en charge de la participation devenu maire depuis : « la Ville d’Angers a pris des engagements en terme d’information des citoyens sur ses politiques publiques et sur les dispositifs participatifs mis en place. J’ai la conviction que ces engagements nécessitent des moyens nouveaux. »)
  • une difficulté d’organisation des services
  • des choix politiques différents, la priorité étant donnée à la fameuse com’ 1.0 susmentionnée

Ma prévision que le site participatif ne verrait pas le jour sous ce mandat est malheureusement en passe de se réaliser, à moins d’un sursaut dans la dernière année avant l’élection, que je n’imagine pas du tout au vu des derniers mois écoulés.

 

 

PS : autre réflexion évoquée lors de la journée de la participation

Certains considère qu’internet, avec toute son utilité, n’est pas forcément le média adapté pour une prise de contact, lui préférant le contact direct IRL (= In Real Life = dans la vrai vie) que peuvent apporter les réunions publiques, le porte-à-porte,… Si la rencontre physique avec toute la communication non verbale est certes d’une richesse incomparable, il est intéressant de noter que d’autres pensent que cela est surtout une question d’appropriation de l’outil internet et des usages (l’appropriation étant souvent plus forte chez les jeunes générations).

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