L’important, c’est de participer ?

Percy Williams of Canada (right) competing in the VIIIth Summer Olympic Games / Percy Williams (à droite), du Canada, en train de participer aux VIIIe Jeux Olympiques d'été

CC BiblioArchives / LibraryArchives @Flickr

En “bon citoyen”, j’ai participé à la 3e Journée de la participation organisée par la Ville d’Angers le samedi 16 février 2013.

Journée de la participation 2013, AngersUne occasion de collecter de l’information au village de la participation où sont présents les dispositifs institutionnels et quelques autres cette année, et de mesurer les tendances chez les élus et chez les citoyens, sans oublier d’apporter ma pierre au débat public.

 

Un plaidoyer pour la participation

Il fût beaucoup questions des effets (bénéfiques) de la participation. Cette question est très largement traitée ces dernières années comme je le rapportais ici, mais comme on peut aussi le lire ailleurs, certains préférant parler de la portée de la participation dans une approche sociologique pragmatique.

Lors des échanges, ont été identifiées :

des bénéfices personnels : (1) l’intégration

La participation même passive permet l’information: acquérir une meilleure connaissance du territoire (quartier, ville,…), de ses acteurs (voisins, associations, institutions,…) et de ses projets et activités. Cette connaissance est un préalable à un sentiment d’appartenance (identitaire) à une communauté de destin, à l’opposition du sentiment d’exclusion.

des bénéfices personnels : (2) l’enrichissement

“L’engagement est toujours perturbateur par rapport à son quotidien”. Cette confrontation à des regards différents ouvre l’horizon, amène à se remettre en question et nous met en mouvement. Il convient sans doute de s’interroger des conditions ne sont pas à réunir pour éviter des réactions de blocage, de rejet et de repli sur soi, face à cette perturbation. Ne faut-il pas qu’individuellement, je sois au clair sur mon identité afin de pouvoir rencontrer l’altérité sans crainte ?

Ce point rejoint en partie la 2e section qui détaille le sujet de l’empowerment.

des bénéfices collectifs (1) : la cohésion sociale

C’est le pendant collectif de l’intégration et de la création de lien social qui en découle.

des bénéfices collectifs (2) : une action publique plus efficace

L’institution met en avant également une volonté d’amélioration de l’action publique, plus efficace car mieux informée (expertise d’usage) et mieux acceptée (car concertée).

Ecouter pour connaître, connaître pour agir” déclarait le maire.

 

Education populaire et pouvoir d’agir (empowerment)

Cette thématique est revenue fortement dans les interventions. On peut espérer qu’il ne s’agit pas d’un effet de mode, mais plus sûrement d’une maturation de ce sujet dans notre société, face aux limites des dispositifs de participation institutionnels. L’idée qu’une participation ascendante (associative, mais pas que…) a sa place à côté d’une participation descendante (institutionnelle) fait son chemin.

Cette participation ascendante est même souvent la première voie d’un engagement, comme l’a décrit Stéphane Hessel : une indignation spontanée, l’incapacité à ne pas réagir à une situation injustice ou absurde, précède un engagement. Même si le passage à l’engagement n’est pas forcément évident, on voit que son moteur est en la personne. Ce passage à l’action, ou ce pouvoir d’agir, passe par la confiance en soi et sa capacité à utiliser ses compétences et ressources.

L’engagement dans la chose publique, ou la « cause commune » comme est venu nous le présenter l’intervenante du Secours Catholique, nécessite un processus, du particulier au général. On commence par s’intéresser à son territoire de vie, qui peut-être son immeuble, sa rue, son quartier avant de pouvoir voir au-delà sa ville, sa région. Ce processus est celui d’un apprentissage, à la fois d’un territoire, mais aussi de l’interaction avec autrui et aussi avec l’institution, pour établir un contrat de confiance ou un rapport de force selon les conditions.

Un apprentissage est d’autant plus efficace qu’il se fait avec méthode(s). Plusieurs participants de la journée ont ainsi insisté sur la nécessité de sensibiliser les enfants à l’engagement participatif, ce que l’Education nationale ne favorise pas forcément, d’où la revalorisation des mouvements d’éducation populaire. Bien sûr, il n’y a pas d’âge pour apprendre, les enfants ayant juste la chance de ne pas avoir à désapprendre, démontrant ainsi une capacité naïve à participer, sans freins sociaux de la peur de l’échec ou du regard des autres.

[Le groupe « Démocratie locale » d’Attac49 qui s’est récemment constitué a justement pris comme objet les modalités de l’engagement citoyen]

 

Les risques de la participation

Comme la démocratie, la participation n’est pas un long fleuve tranquille et les déviances sont possibles.

 

La notabilisation

Jean-Pierre Worms alertait sur le risque de création d’une nouvelle élite, celle des représentants associatifs / participatifs, qui viendraient former une couche intermédiaire entre population et représentants élus.

Le phénomène est d’autant plus naturel qu’il s’opère par un double mouvement :

  • par en haut : la collectivité (élus, services) étant ravie de retrouver un interlocuteur unique, relation qui rentre mieux dans ses modes de gestion. Ce « petit notable » associatif est ainsi reconnu par le haut avant d’être porté par le bas.
  • par en bas : nous sommes, particulièrement en France, baigné dans une culture de délégation de sa souveraineté, où les « citoyens » ont du mal à s’assumer comme auteur de leur propre vie et de leur propre parole. La déresponsabilisation au profit d’un représentant est alors confortable.

On retrouve ici la limite d’une instance comme le Conseil de développement, sans préjuger de l’intérêt de ses travaux.

 

La dépolitisation

La journée était celle de la participation, alors qu’il y a quelques années étaient envisagées ou organisées des journées de la démocratie participative ou la démocratie locale. La démocratie disparaît, et le politique se dilue dans le social plus qu’il ne l’innerve. Un des intervenants de la table-ronde du matin, un angevin participant à un des instances institutionnelle pouvait ainsi répondre à la question qui lui était posé de savoir s’il s’agissait de faire de la politique : « (l’air étonné) indirectement peut-être,… le but n’est pas là ». Forçant l’animateur, un ancien de l’ADELS, à rebondir pour ne pas tomber à plat : « c’est faire de la politique autrement peut-être ? ».

Car la rencontre avec autrui, ce n’est pas seulement l’ouverture et l’enrichissement, c’est aussi le conflit, qu’il faut savoir accepter pour tenter de le gérer ou de le dépasser.

 

Le déficit de méthode

Pour une participation réussie, la bonne volonté ne suffit pas. Il faut créer les conditions de la parole ET de l’écoute, organiser la confrontation des idées et la construction de l’intérêt collectif.

Il n’y a sans doute pas de recette universelle et des spécificités selon les personnes, que ce soient les publics défavorisés, ou encore les jeunes qui ne partagent peut-être pas les mêmes codes de communication et le même sens de l’engagement que leurs aînés.

En tout cas, l’idée des « petits groupes » suggérée par une participante aurait certainement facilité l’expression et l’implication de chacun lors des ateliers de l’après-midi.

 

Les luttes des légitimités : élective vs participative

Le maire clamait dès le départ que « les élus assument la décision ». Ce verrou ne doit pas sauter car « la participation ne doit pas conduire à la dévalorisation de la démocratie représentative ». Cette dernière serait la seule à n’être pas fondée sur la force, la conviction (au sens d’un populisme) ou toute autre méthode illégitime,…

Pourtant, la réalité est que les élus ont déjà perdu leur crédibilité à représenter les intérêts des citoyens, comme le montre l’abstention et les enquêtes, dont la plus récente montre la chute des élus locaux qui étaient jusque-là les derniers à surnager.

A partir de là, deux solutions s’offrent :

 

1/ Utiliser la participation pour redonner confiance en les élus

C’est aujourd’hui la voie principale, et celle portée par les élus, comme le note également le journaliste d’AngersMAG :

“A l’aube de l’élection municipale de 2014, inutile de chercher à s’en défendre, la démocratie participative apparait aussi comme un remède possible à la crise de défiance qui touche la sphère politique et donc un moyen de recréer du lien entre la société civile et les institutions, par conséquent de gagner des voix.”

C’est également ce qui inspire un projet novateur comme « Parlement et citoyens ».

 

2/ Repenser nos institutions pour distribuer le pouvoir dans la société

Cette piste, plus laborieuse, ne signifie pas forcément supprimer l’élection, mais au minimum valoriser d’autres légitimités, que celle fondée sur cette technique élitiste, au cœur du gouvernement représentatif que l’on appelle démocratie à notre époque. Parmi d’autres techniques, la plus discutée est bien sûr celle du tirage au sort, mais le champ des possibles est certainement plus large.

Multiplier les légitimités et donc les fondements de pouvoir semble en tout cas cohérent avec l’émergence de nos sociétés libérales. D’ailleurs les deux sociologues intervenants lors de la table-ronde s’accordaient sur le fait que dès aujourd’hui coexistent deux légitimités, celle de l’élection et celle des citoyens engagés (responsables associatifs, porte-paroles de collectif, président d’un conseil de quartier,…), mais ces deux légitimités sociales n’ont pas la même reconnaissance institutionnelle.

De manière plus incidente, il était aussi noté à cette occasion la rencontre entre deux cultures, administrative et associative (mais c’est presqu’un autre sujet).

Certes, la piste est étroite pour ne pas tomber dans le piège de la gouvernance néolibérale ou du renouveau des corporatismes d’antan.

Il y a là à creuser des sillons, qu’on abreuve de milles idées inspirantes. Allons enfants de la partie, le jour de foire est à portée !

 

Bonus :

J’ai profité de l’atelier « Participer, c’est utile ? » pour suggérer de mettre la question de l’argent dans le débat. Il convient a minima de disposer des informations* sur les contraintes budgétaires d’un projet, afin de ne pas perdre son temps à imaginer des solutions qui seront écartées automatiquement. Ensuite, il n’est pas interdit d’être plus ambitieux et d’envisager que les citoyens participent aux arbitrages budgétaires, surtout par les temps qui courent.

* La question de l’information et de la communication est revenu très fortement dans les échanges de l’après-midi (dans le groupe auquel je participai en tout cas), ce qui va alimenter un billet à suivre.

A ce sujet, néanmoins, les participants se sont vus offert un supplément du Courrier de l’Ouest réalisé pour l’occasion avec le portrait de 85 angevins : 69 hommes (81,2%) pour 16 femmes (18,8%). C’est vraiment dommage alors que la Ville a créé une Mission diversité-égalité en son sein.

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