Un débat sans gêne

L’INRA Angers-Nantes et le collectif Nos campagnes sans OGM organise une série de 3 débats publics « science et société » sur le rôle des biotechnologies dans la recherche. Le premier s’est déroulé le 27 novembre 2012 à Agrocampus Angers.

Malgré une objet très spécialisé (Protection du verger et biotechnologies) et malgré les contraintes (inscription préalable, lieu excentré), ce sont environ 230 personnes qui ont participé à cette soirée, l’amphi prévu étant quasi-plein. Une belle illustration d’une citoyenneté active.

Forme (Design) : 10/10

Ce fût une soirée très réussie, grâce à un gros travail de conception (design) et de préparation en amont, que je devine car je n’y ai pas participé.

Le défi était de taille entre deux entités organisatrices aux statuts, objectifs, méthodes très différents. Sans compter que le précédent de Colmar a laissé des traces. Bref, il fallait co-construire ce débat public sans confiance préalable entre les organisateurs.

 

Une identification des parties prenantes

Le résultat était un découpage de la soirée en 3 temps de débats (par catégorie d’acteurs) avec 2 intervenants à chaque fois (1 choisi par chaque partenaire) :

  1. PRODUCTEURS : 1 producteur de pommes bio et 1 pépiniériste
  2. TECHNICIENS : 1 technicien d’un groupement local et 1 ingénieur d’un groupe de recherche en agriculture biologique
  3. CHERCHEURS : 1 chercheuse de l’INRA et 1 professeur au Muséum National d’Histoire Naturelle

Manquaient à l’appel les CONSOMMATEURS, qui manquaient de porte-paroles, notamment pour exprimer leur diversité. Un socio-économiste avait été sollicité pour apporter un éclairage, mais avoua sa difficulté à parler pour eux au vu de l’état des travaux dans ce domaine.

Les CITOYENS étaient nombreux dans l’assistance et on pu s’exprimer. Leur rôle sera certainement plus valorisés lors du 3ème débat (renvoi).

Il est intéressant de constater que si chaque « camp » avaient choisi un intervenant, ce découpage de la soirée a permis de mettre en évidence les convergences/divergences entre les types d’acteurs et pas seulement entre les « camps », soulignant que les termes du débat ne sont pas binaires.

 

Des tiers facilitateurs

2 associations, Terre des sciences et Sciences citoyennes, avaient en charge l’animation du débat. Leur neutralité sur le fond et leur objectif de bon déroulement du débat a permis de gérer les temps des paroles, même si c’est toujours plus difficile avec certains intervenants (sur scène ou dans le public) que d’autres, et de garantir l’expression de tous.

Ils eurent aussi le souci d’inclusion à travers des petites choses, comme la mise à disposition de papier pour la soumission de questions écrites lues par eux ensuite, ou encore en faisant expliquer des termes techniques (même si tout ne pouvait pas l’être au vu du caractère très spécialisé du débat).

 

La présentation des arguments

Les intervenants firent preuve d’une véritable pédagogie (ont-ils préparé en amont avec les tiers-facilitateurs?) que l’on ne retrouve que rarement dans ce type d’exposés. Ce ne fût pas du luxe pour l’ignorant que je suis.

La palme revient certainement à la chercheuse de l’INRA qui sut remettre en contexte les enjeux évoqués dans les premiers échanges et présenter de manière explicite le positionnement et le rôle des technologies de transgénèse dans les travaux de l’INRA, ce qui était l’information la plus attendue par les participants.

 

Fonds : 8/10

La transgénèse comme outil de recherche, mais pas comme technique de création variétale.

Je passe l’ensemble des débats, dont on peut retenir que les variétés actuelles de pommiers sont très sensibles à plusieurs ravageurs (insectes, maladies), nuisant à l’activité économique de production de pommes. Parmi l’arsenal de solutions (pas indépendantes les unes des autres) figure la recherche de variétés résistantes à ces menaces. Notons un élément essentiel : ces recherches s’étalent sur de longues durées (15-25 ans) en raison du délai d’obtention d’une pomme à partir d’un pépin eh oui, les pommes ne reproduisent pas aussi vite que les bactéries ou les drosophiles !).

L’INRA utilise alors la transgénèse pour identifier les gènes favorisant cette résistance, essayer de comprendre le mécanisme de résistance et ainsi guider le choix des variétés à utiliser pour essayer de créer une nouvelle variété par hybridation (sans transgénèse). Dans le cadre de ce travail de recherche, des plantes sont créées par transgénèse mais maintenues en milieu confiné.

Ces informations sont rassurantes pour ceux qui ne s’opposent pas à l’utilisation du génie génétique à des fins de recherche (en milieu confiné, ce qui est le cas du collectif Nos campagnes sans OGM), mais uniquement au déploiement de plantes transgéniques dans les champs (et les assiettes).

Pour autant, la confiance errodée rend certains plus vigilants : que ferait l’INRA si ses recherches lui faisaient trouver une plante transgénique jugée performante ? J’avoue ne pas avoir compris si c’est possible ou non : les plantes transgéniques créées à titre d’évaluation peuvent-elles être des variétés, ou sont-ce des chimères ne pouvant que servir la fin d’évaluation ? Car le scepticisme de certains est bien celui d’un détournement de finalité. A suivre…

 

Une recherche techno-scientifique

Décomposons un extrait de la déclaration commune des organisateurs afin de mieux comprendre le travail de l’INRA :

« En tant qu’organisme de recherche finalisée, l’INRA… »

La recherche finalisée nécessite donc de savoir qu’elle est la finalité. Nous y reviendrons plus bas.

 

« … l’INRA s’engage (…) à accroître les connaissances scientifiques nécessaires à la maîtrise des biotechnologies végétales ainsi qu’à favoriser le développement d’innovations… »

Nous sommes ici clairement dans une logique de science appliquée pour le développement de technologies, autrement dit de la technoscience (lire aussi : Technosciences et démocratie de jacques Testard), qui cherche à trouver des choses qui marchent, et pas une recherche fondamentale qui cherche à comprendre comment les choses marchent.

Cela explique sans doute l’absence de réponses de la chercheuse de l’INRA à ma question sur la prise en compte dans leur recherche des incertitudes scientifiques sur le codage de l’ADN avec des expressions croisées de plusieurs gènes et le rôle de l’ADN dit non-codant (j’y faisais référence il y a 2 ans déjà) ou encore sur l’épigénétique (le rôle de l’environnement dans l’expression des gènes). Prennent-ils en compte ces questions dans leur recherche ? Ou en sont-ils réduits à de simples calculs probabilistes : en labo, je constate que ce gène favorise une résistance, donc si j’arrive à l’avoir dans une nouvelle variété (créée par hybridation), il y a des chances qu’il provoque la même résistance ? A creuser…

 

« … le développement d’innovations en ciblant des caractères agronomiques d’intérêt collectif répondant à des défis décisifs pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement ».

Voilà un début d’explication de la finalité, dont on voit bien, mais c’est logique, le caractère profondément politique.

Qui détermine quels sont les défis décisifs de notre époque et le caractère d’intérêt collectif ? Ici encore l’exigence de démocratie « participative » (mode années 2000) ou « réelle » (mode années 2010) se fait entendre.

 

Changer la nature ou changer le système socio-économique ?

En 2009 à Copenhague, nous disions : « changeons le système, pas le climat » (System change, not climate change).

Il ressort de cette soirée que la question actuelle est bien celle du rapport de l’homme aux contraintes. Va-t-on continuer à repousser les contraintes naturelles pour ne pas avoir à se remettre en cause ? Ou va-t-on devenir responsable et agir sur les contraintes sociales qui ne sont que notre création ?

Certes, c’est plus facile à dire qu’à faire. Aucun acteur individuel n’a les moyens de transformer à lui seul le système socio-économique, et la somme des actions individuelles n’est sans doute pas suffisante. Le défi est bien de réinventer la démocratie pour que collectivement nous prenions notre destin en main. Quelle aventure !

Publicités

Étiquettes : , , , ,

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :