Démocratie participative, concertation et open data [Open Data Week 6/7]

J’ai été un peu frustré par cet atelier tellement mes attentes étaient fortes. Il était animé par Aurélien Sautière (Décider ensemble), Fabienne Guibé (Innovations DemocraTIC), et Benjamin Ooghe-Tabanou (Regards Citoyens), et ont participé des membres de collectivités (St Nazaire, Nantes,…), des mouvements sociaux (Opengov.tn) ou de prestataires (Arpenteurs, Netscouade).

Au-delà de la « contre-démocratie »…

Il s’agissait de voir en quoi l’open data pouvait contribuer à la concertation, au-delà de son rôle dans la « contre-démocratie » qu’a décrite Rosanvallon. Car la fonction de surveillance des représentants est déjà bien établie avec des sites comme nosdeputes.fr, dont les effets sont réels, puisque mon député s’est servi de ce site comme argument électoral dans son matériel de campagne !

libérer les données de diagnostic…

L’information est le niveau 0 de la participation (pour rappel lire ici)) : pour que les citoyens puissent participer, il leur fait les informations concernant l’objet de la participation, que l’on peut appeler les données de diagnostic (données de contexte, études d’impact,…), qui sont aujourd’hui fournies souvent sous forme de PDF inexploitables facilement, et partiellement. On pourrait néanmoins penser que ces données soient systématiquement ouvertes même si le projet ou la politique ne fait pas l’objet de participation, mais afin de permettre son évaluation citoyenne (cf la « contre-démocratie » vue précédemment).

 

et les données produites par la participation

La nouveauté qui est ressortie de l’atelier et d’ouvrir les données produites pendant le processus de participation, notamment : avis collectés, réponse à des sondages, enquêtes,… qui apportent des dimensions sensibles et politiques sur le projet complémentaires aux dimensions techniques et administratives des données de diagnostic.

Il ne s’agit pas de simplement agréger des préférences en prétendant en ressortir un intérêt général, mais de permettre de s’appuyer sur cette matière première de la participation pour construire des récits, des discours, des interprétations diverses dans le cadre d’un processus de délibération qui favorise l’interaction permanente entre les parties prenantes.

 

L’exemple du projet des Berges de Maine (Angers)

La ville d’Angers a conduit une concertation sur le projet des Berges de Maine (quel projet à moyen terme pour cet espace, quels moyens de réappropriation d’un espace laissé en partie à l’automobile ?). Un des outils mis en place a été une exposition avec un questionnaire détaillé (classer les 3 propositions selon 20 critères) rempli par plusieurs centaines (milliers  ?) de personnes. A ce jour, le seul retour officiel fût que l’orientation issue de ce questionnaire était favorable au projet qui a ensuite été retenu, mais aucune donnée ni indicateurs n’ont été fournis en appui de cette interprétation.

Point de théorie du complot : j’imagine que l’interprétation d’une préférence nette pour ce projet doit certainement rendre compte globalement des résultats. Mais, on aurait pu au minimum avoir des éléments plus précis, du type : ce projet a été classé 1er sur 15 critères sur 20.

Et, on y arrive, on aurait pu aussi fournir les résultats complets aux questionnaires, ce qui aurait permis à tous de pouvoir produire leurs interprétations :

  • imaginer des classements différents en fonction d’une pondération différente entre les différents critères : privilégie-t-on l’intégration avec l’existant, l’innovation de rupture,… ?
  • étudier les préférences selon l’origine des participants (quartier d’Angers ou ville de l’agglo), leur genre, leur âge,… Le projet satisfait-il tout le monde, tous les usagers potentiels, ou bien risque-t-il de discriminer certains publics ?

On le voit, ces interprétations permettent de nourrir le débat public en identifiant certains enjeux grâce aux données produites par la consultation. C’est le propre du modèle délibératif, quand bien même une décision finale revient aux élus.

* * *

Voir ma série d’articles consacrée à la Semaine européenne de l’open data, Nantes, mai 2012

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