Open Data : pourquoi cet acharnement de la politique de l’offre ? [Open Data Week 5/7]

CC Flickr : Nasir Jones

C’est finalement ce qui m’aura le plus étonné lors de ces 2 jours. La question posée est toujours : « quelles données pouvons-nous ouvrir ou libérer ? ». J’avoue avoir eu du mal à prendre cette tournure d’esprit et ai souvent séché, mais je n’ai pas le sentiment d’avoir été le seul.

Cela me semble en totale contradiction avec la conception orientée utilisateur qui me semble relever de la bonne pratique mise en œuvre par le secteur (hormis le défunt Steve Jobs). Une telle approche poserait plutôt la question « De quelles informations ont besoin des utilisateurs (citoyens, usagers, entreprises, autres administrations, …) ? » pour en déduire ensuite les données qui sont nécessaires pour répondre à ces besoins.

 

Je vois 3 explications à cette contradiction :

1/ Une approche idéologique

Les évangélisateurs de l’Open data sont convaincus de sa légitimité et de son utilité sociale. Pourtant, les débats sur les principes ne sont pas tranchés entre transparence et publicité (pour approfondir, voir le dossier Transparence auquel je faisais référence dans Internet, la connaissance parfaite ?, et la typologie des acteurs de l’Open data établie par Simon Chignard dans son ouvrage L’open data, FYP, 2012).

C’était particulièrement flagrant lors des interventions de grands groupes privés lors de la conférence européenne qui se positionnaient clairement dans une logique de publicité, non sans arrière-pensées publicitaire. Certes, il s’agissait là de données privées, mais qui pouvaient relever du service public de manière évidente (Suez).

 

2/ Un potentiel d’usages imprévisibles

Souvent, il est évoqué des cas d’écoles d’usages des données ouvertes qui n’avaient pas du tout été anticipés. On en déduit un peu vite à mon avis que les besoins ne seraient pas prévisibles et qu’il faudrait donc ouvrir le maximum de données, la société émancipée se chargeant d’en développer les usages adaptés par le biais de l’intelligence collective émergente ou de la main invisible du marché selon ses aspirations politiques.

Oui, les données seront détournées pour des usages inattendus. C’est le principe même de l’Open data : les données concernées ont été produites pour un usage premier (de fonctionnement des administrations et de mise en œuvre du service public), et il s’agit de les ouvrir pour des réutilisations. Mais le fait que toutes les réutilisations ne sont bien sûr pas imaginables a priori ne doit pas empêcher, au moins pour démarrer, de se concentrer sur les besoins de réutilisation connus ou facilement repérables, besoins restés jusque là insatisfaits du fait de la non mise à disposition des données.

 

3/ Une coupure avec les mouvements sociaux

Ce point découle du précédent : pourquoi ne travaille-t-on pas sur les besoins des citoyens y compris, et peut-être plus facilement dans leurs formes organisées (associations, syndicats, instances de participation, entreprise..) ?

Il a été répété durant les 2 jours qu’il fallait « animer, animer et animer », ce qui faisait un peu méthode Coué comme l’a fait remarqué un participant qui raillait : « perfuser, perfuser et perfuser ». Car les animateurs ont encore du mal à trouver leur public : les concours permettent simplement de toucher un premier cercle, mais comment élargir et faire durer dans le temps l’appropriation par la société ? Il y a nécessité de bâtir des ponts entre les promoteurs de l’Open data et le reste de la société.

 

Des infolabs aux « animateurs de rue numérique »

La proposition balbutiante qui émerge est la création d’infolabs. L’article qui promeut ce concept déclare d’ailleurs : « Les méthodes les plus fécondes de l’open data ne consistent pas à libérer des données pour libérer des données, mais bien à y associer les utilisateurs. ». Ces infolabs viseraient à l’appropriation de la culture des données et à la collaboration. Pourtant, la description qui en est faite rappelle la « maison de quartiers » de nos politiques socio-culturelles d’éducation populaire.

Ne faudrait-il pas privilégier l’action « hors les murs » et la figure de l’animateur de rue ? Ce dernier va à la rencontre des personnes dans leur contexte de vie, d’activité, et part des personnes pour construire ensemble des projets. Pourquoi ne pas aller voir les associations (écologistes, sociales, humanitaires, sportives,…), les citoyens membres d’instances participatives (conseils de quartiers, conseil de développement,…) et identifier avec eux leurs frustrations d’accès à l’information, les problèmes qu’ils n’arrivent pas à résoudre, les questions qu’ils renoncent à poser. Puis trouver les données susceptibles d’être partie prenante d’une solution ?

Peut-être s’y dirige-t-on, car il semble que le kit de présentation de la problématique élaboré par l’atelier Infolabs durant la semaine européenne de l’Open data puisse être utilisé dans ce sens. A suivre.

 

* * *

Voir ma série d’articles consacrée à la Semaine européenne de l’open data, Nantes, mai 2012

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