Tout le monde partage des données (conférence européenne) [Open Data Week 3/7]

La conférence européenne du 25 mai 2012 visait à voir dans quel mesure le mouvement Open data peut gagner le secteur privé, autant lucratif qu’associatif, citoyen ou personnel.

La synthèse de ce que j’en retiens en 3 confirmations, 1 leçon et 3 besoins d’approfondissement.

3 confirmations

Les entreprises (en crise de confiance) investissement dans la communication (de crise)

Explication transparente de Jean-François Lassalle, Directeur des Affaires publiques – France pour TOTAL : la recherche de l’acceptabilité sociale des activités de l’entreprise exige un certain niveau de transparence. Mais cette transparence n’est pas inorganisée. Ainsi, ils ont capitalisé sur le retour d’expérience de l’échec de Shell dans sa communication de crise sur la fuite dans le Golfe du Mexique. Isl avaient ainsi un plan de communication de crise avec un site web prêt à être lancé et la liste de centaines de contacts (dont les ONG comme Greenpeace) à informer, qu’ils ont actionné lors de l’accident sur la plateforme en mer de Nord.

 

Remise en cause de modèles économiques : la destruction créatrice du capitalisme de grand-grand-papa (Schumpeter)

Certains acteurs ont fondé leur modèle économique sur le postulat que l’information (la donnée) était leur valeur ajoutée. L’ouverture des données transfert la valeur ajoutée vers les services ou les fonctionnalités, ce qui oblige ces acteurs à muter ou disparaître au profit de nouveaux entrants.

Prenons l’exemple des données d’agenda culturel. Certains acteurs investissent dans la collecte de ces données (par un recensement manuel ou par un relationnel qui fait que ces acteurs leur transmettent leurs données). Si les données sont ouvertes (voir le projet en cours sur Nantes), le fait de posséder les données n’apporte plus d’avantage comparatif : la différenciation des offres va donc se faire sur d’autres critères :

  • choix éditoriaux (vertical, niche)
  • ergonomie (en ligne, papier)
  • contenus ou services ajoutés
    • interviews
    • liens vers ressources complémentaires
    • comment y aller (transports en commun, covoiturage,…)
    • communauté de pratiques et d’intérêts

     

Remise en cause structurelle de notre économie : l’économie capitaliste de marché n’est pas la plus adaptée pour gérer l’information

La nature des données, numérique ou immatérielle, change radicalement les postulats pour une économie de marché classique décrite comme optimale pour l’allocation des ressources rares. Les données ne sont pas rares, car leur ouverture les rend directement accessibles à tous sans que leur producteur n’en soit dépossédé. Les biens informationnels ne sont pas rivaux dit-on en économie, et à partir de là on voit bien qu’il faut faire appel à une autre logique que celle du marché pour leur gestion, celles des biens communs.

Chris Taggart, fondateur d’Open Corporates, reconnaissait d’ailleurs que cela rejoint le débat actuel sur la propriété intellectuelle, dont le régime actuel est clairement inadapté à notre époque.

@Fragilbert : L’#opendata a un autre enjeu voisin, celui de la réforme de la propriété intellectuelle… La boîte de Pandore se rapproche. #odwnantes

Le retour de la subjectivité

En parlant de données, on pourrait penser que l’on s’enfonce un peu plus dans une logique matérialiste, rationaliste et comptable. Or, comme l’a démontré l’atelier consacré aux données environnementales, les données en question peuvent aussi être suggestives en traduisant la perception : perception de la qualité de l’air (celle-ci pouvant être différentes pour les malades, personnes âgées, asthmatiques,…), du paysage, du goût de l’eau, de la température ressentie,…

Finalement, la subjectivité rend une vision plurielle de la réalité, que les données permettent d’illustrer.

 

1 leçon

Les données publiques ne représentent qu’une partie des données ouvertes et ouvrables

En introduction, Ton Zijlstra, responsable du réseau européen ePSIplatform, a montré que les données publiques ouvertes ne constituent qu’une petite partie des données référencées dans le domaine des « linked data » (données liées).

Ton Zijlstra, responsable du réseau européen ePSIplatform, montre la petite partie qui correspond aux données publiques dans ce schéma des données liées.

Les sources pour l’ouverture des données susceptible d’avoir une forte utilité sociale sont très nombreuses :

  • banque et finance
    • informations sur de nombreux secteurs économiques et sur les habitudes de consommation
  • « utilities » / « services publics » gérés par des entreprises privées (eau, énergie, transport,…)
    • informations sur nos comportements individuels et collectifs
    • Enel Opendata (Italie) montre la voie
  • santé, sécurité sociale
  • alimentation
    • avec l’exigence de traçabilité, on peut remonter toute la chaîne de production et de distribution à partir d’un numéro sur le produit
    • Voir le projet : OpenFoodFacts (France)

     

3 besoins d’approfondissement

Pourquoi les collectivités investissent-elle si peu dans la veille ?

Les nombreuses collectivités présentes lors de la conférence nationale ont déserté pour cette 2ème journée de conférence à dimension européenne qui se penche sur le secteur privé. Certes, on s’éloigne de leur préoccupation principale, mais pourquoi ne pas être à l’écoute de la société, et plus pragmatiquement voir où en est un secteur privé en partie acteur du service public (dans le domaine énergie notamment). Rester sur place une seconde journée n’était pas un investissement si lourd que cela pour les finances publiques (j’ai bien posé une 2ème journée de congé !), alors d’où vient le problème ?

 

MesInfos / Midata : marchander ses données personnelles ?

MesInfos est un concept porté par la FING qui vise à rendre le consommateur maître de ses données personnelles, alors qu’aujourd’hui les entreprises accumulent des données sur nous sans notre consentement éclairé (la différence est dans le dernier terme).

Midata est une initiative du gouvernement britannique qui vise justement à concrétiser cette même vision en postulant que contrôler la vie privée est un choix personnel, pas une politique d’entreprise. Les entreprises impliquées montrent qu’il y a moyen d’avancer dans ce domaine : VISA, Mastercard, BritishGas, Google et EDF Energy. La démarche est aussi très progressive et mener avec TACT :

      • Transparency : savoir quelles données l’entreprise a sur moi
      • Access : voir ces données
      • Control : pouvoir corriger ces données
      • Transfer : pouvoir à télécharger ces données

L’objectif à (long) terme est d’obtenir que ce soit l’entreprise qui va utiliser mes données personnelles qui signe les conditions générales d’utilisation que je propose. Actuellement, le consommateur moyen est souvent confronté à ce choix cornélien : utiliser un service en sacrifiant ses données personnelles, ou rester sur le quai de la gare des innovations.

Dans cette logique, MesInfos veut renverser l’établissement de la relation commerciale, de la publicité (une entreprise me propose un produit/service) à l’appel d’offres personnel (je déclare des besoins et les entreprises intéressées me répondent) : mais je doute que nous constituons un volume d’affaires suffisant pour qu’une entreprise investisse dans la personnalisation d’une réponse ?

 

L’effrayant âge de la transparence à venir

« Quelles nouvelles données peut-on ouvrir ? » s’est-on demandé toute la journée.

L’écologie à la sauce dictature verte offre les scénarios les plus flippants :

  • ouvrir les données de consommation des ressources (eau, énergie) et de production des déchets (poids de vos poubelles) pour une régulation sociale des comportements, qui ouvre la porte à la stigmatisation
  • créer une base de données qui liste la présence de tous les matériaux utilisés dans les bâtiments, par précaution, afin de pouvoir savoir où intervenir quand on découvre un problème des années, voire des décennies après (ex : amiante)

« Veut-on vraiment tout savoir ? » est l’interrogation que je relayais déjà dans mon intervention dans un lycée récemment : Internet : la connaissance parfaite ?

 

* * *

Voir ma série d’articles consacrée à la Semaine européenne de l’open data, Nantes, mai 2012

 

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