Les effets de la participation

J’ai participé le 21 octobre 2011 à la journée d’études sur ce thème organisée lors du colloque international « Participation du public, démocratie participative : état des savoirs et chantiers de recherche » (EHESS, du 18 au 21 octobre 2011), qui constituait le Congrès inaugural du GIS Démocratie & Participation (nom complet : Groupement d’Intérêt Scientifique Participation du public, décision et démocratie participative), créé en fait en 2009.

Le GIS Démocratie & Participation a pour vocation d’animer la recherche « en permettant notamment la coordination, l’échange et la mutualisation des travaux que chacun des Partenaires et laboratoires associés entreprend. »

Si les acteurs concernés sont donc prioritairement les chercheurs, une ouverture vers les citoyens se fait notamment à travers le site internet qui propose aux citoyens intéressés par ce thème de contribuer à la réflexion.

Voilà comment, simple citoyen, je me suis retrouvé à ce congrès. Si lors de la discussion finale, j’ai invité les acteurs GIS à enrichir cet aspect participatif, je les remercie déjà vivement de cette ouverture.

L’idéal eût été d’être aux 4 journées, mais bon, j’ai récupéré le premier numéro de la revue scientifique Participations (téléchargeable en ligne) qui reprend les communications de 2 des journées. 350 pages… ça devrait me tenir un moment !

Le kit du participant : le badge, la pochette et la revue Participations.

Le kit du participant : le badge, la pochette et la revue Participations.

 

Venons-en aux éléments marquants de cette journée (liste non exhaustive tellement les apports étaient riches) :

3 confirmations

Le postulat de participation génère de la participation.

Les gens prennent au sérieux la promesse de participation, et quand bien le dispositif est conçu pour brider la participation, il va devenir un lieu d’émergence de mobilisation et facteur d’une « participation conquise ».

Correspondance n’est pas causalité.

La correspondance entre des propositions émises par des acteurs d’un processus participatif et les décisions finalement prises ne traduit pas forcément une relation de cause à effet. L’observation des espaces publics ne permet pas toujours de comprendre le processus en cours : en effet, des espaces informels (antichambres) peuvent aussi entrer en compte. En référence à Machiavel, un des intervenants disaient ainsi : le peuple peut savoir si l’action du Prince lui est favorable ou non, mais pas pourquoi. C’est là où l’exigence de transparence entre en conflit avec les arcanes de la diplomatie (cf Wikileaks).

L’interculturalité n’est pas qu’une question de bonne volonté.

Si le GIS se donne la vocation à croiser les approches disciplinaires (sociologique, politique, philosophique, anthropologique, économique, …), force est de constater que le dialogue n’est pas toujours aisé entre ses chercheurs d’horizons différents (y compris au sens propre, car il y avait des chercheurs du Canada, de Belgique, de Suisse, d’Italie, du Brésil,…). Il faut donc y mettre les moyens, ce qui a été rappelé lors de la discussion finale, et qui démarre par le projet d’un dictionnaire critique des mots de la participation (50 termes prévus) qui permettra de présenter les différents usages, interprétations, tensions de ces concepts.

 

3 découvertes

L’espace civique est une scène où chacun est libre de son interprétation.

Dans les Los Angeles city councils, l’ambiance est très semblable à ce qui se passe dans les églises (protestantes US) : pour autant ce sont bien des espaces civiques. La mise en scène du civique y est simplement interprétée dans un registre religieux ou mystique. Cela peut nous choquer, mais cela n’est pas forcément plus choquant que l’interprétation dans des registres industriels, marchands ou technocratiques que nous pouvons connaître en France et en Europe.

Et cela ouvre des perspectives en termes de community building / « faire société » qui devient véritablement un enjeu aujourd’hui : moments de communion, formalisation de la reconnaissance individuelle et collective,…

Mathieu Berger nous met dans l'ambiance du Los Angeles city council

Mathieu Berger nous met dans l'ambiance du Los Angeles city council

Montrer les hommes et les femmes derrière les avis.

Au CG du Val de Marne, plusieurs outils de communication ont été réalisés sur les travaux d’un atelier citoyen, dont un film de 10 minutes qui montre ainsi les personnes à l’origine de l’avis remis aux élus. L’idée est qu’il leur est alors plus difficile d’ignorer ces travaux, en se disant simplement que c’est un dossier comme un autre. « Accessoirement », ce film constitue aussi un outil très utile pour démarrer une réunion sur le thème traité ou sur ce type de dispositif participatif. Dommage que le temps était trop court pour qu’on nous le projète.

Caractériser les propositions pour évaluer les effets de la participation.

Plusieurs catégorisations doivent être croisées et analysées : type d’acteurs émetteurs (associations, citoyens, experts, collectivités,…), positionnement de ces acteurs (initiateurs, opposants, gestionnaires, …), nature des propositions (de forme, diagnostic, objectifs généraux, actions ou règles collectives, auto-engagement, hétéro-engagement), enjeu politique (portée juridique par exemple), impact potentiel (en termes financiers ou dans la durée).

 

2 questions à approfondir

Quelle place pour les communautés dans la participation publique ?

Communautés actives mais inavouées, masquées sous l’appellation moins effrayante (et plus politiquement correcte en France) de « collectifs ».

Peut-être les québécois feront-ils la passerelle entre les anglo-saxons et nous ? hésitants moins à utiliser le terme comme dans cette présentation : « Évaluation de processus de recherche-action participative : coconstruction d’indicateurs de suivi de la résilience des communautés côtières face aux effets des changements climatiques. » (http://www.defisdescommunautescotieres.org/), qui m’a fait pensé au mouvement des initiatives en transition, né au Royaume-Uni, qui travaille justement sur la community resilience.

Un autre frein culturel étant que le collectif se forme en France dans la critique (combien de collectif de défense de… ou contre…) et est rarement une force positive, y compris pour les individus le composant, si bien qu’il génère de la méfiance de la part des institutions, mais aussi des individus.

Des indicateurs pour les initiatives en transition.

Le travail susmentionné sur la résilience des communautés côtières a identifié 8 aspects de la résilience (capacité d’absorption, de recouvrement, d’adaptation des comportements, d’innovation, d’auto-organisation, processus d’apprentissage, acceptation et gestion de l’incertitude du risque et capacité d’anticipation) et 6 dimensions du développement territorial durable, dont le croisement génère 48 interfaces pour lesquels ils vont chercher des indicateurs.

Un beau tableau de bord pour aider les initiatives en transition à avoir un regard réflexif sur leurs actions (y compris nous).

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2 responses to “Les effets de la participation”

  1. Mickaël says :

    Tiens le site GIS a repris ma photo : http://www.participation-et-democratie.fr/fr/node/774
    A défaut de m’avoir demandé, au moins, ils seront passés lire ce que j’en disais.

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  1. RECHERCHE-ACTION[#ExpeDemocratic 1/4] | Mickaël Poiroux - 18 mars 2017

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