Citoyens connectés, innovation sociale

C’était le thème des rencontres nationales communication et technologies nouvelles organisées par Cap’Com. Compte-rendus et présentations sont en ligne.
Mais voici l’essentiel de ce que j’en retiens : 4 confirmations (c’est toujours bon à ré-entendre), 3 leçons et 2 questions.

4 confirmations

« C’est dur, c’est compliqué, et ça ne fait que commencer »

Un langage de vérité tenu par Daniel Kaplan, délégué général de la FING, loin du messianisme de consultants vantant la révolution 2.0. Face à la remise en cause de l’autorité instituée par l’autorité acquise, la confrontation de 2 tendances est incertaine : aspiration populaire à plus d’autonomie / développement d’un autoritarisme rationnaliste voire parternaliste. L’incertitude fait peur et les constructions nouvelles pour gérer la complexité ne seront pas exemptes d’erreur. Bref, il y a du travail !

Pour avancer, les collectivités ont parfois besoin d’un coup de pouce (ou d’un coup de pied) des citoyens.

Ou comment obtenir une innovation…

  • … par la ruse : un intervenant extérieur propose une forme innovante de participation aux citoyens impliqués dans la démarche, qui du coup comptent dessus.
  • … par la mobilisation ouverte : organiser des réunions de sensibilisation, garder le contact avec cet embryon de communauté, préparer un événement participatif pour lancer une pétition (en et hors ligne), obtenir un article dans la presse, attendre le coup de fil du cabinet du maire 😉

La communication doit être au cœur du processus de production des politiques et services publics, pas seulement un outil de la phase de distribution.

Sortir de la logique de la transmission d’un message.

Réapprendre la communication à commencer par savoir écouter, d’autant plus que le monde devient de plus en plus bruyant avec la banalisation des outils d’expression. Développer des méthodes de coproduction de masse.

Les écoquartiers clés-en-main sont des utopies de techniciens où la citoyenneté n’est pas pensée.

Tout a été prévu à l’avance, il faut donc que les habitants ne touchent à rien : quelle vie !

Ne pas penser la citoyenneté, c’est aussi ne pas accompagner les innovations en cours comme les coopératives d’habitants avec le risque de les voir tendre vers le communautarisme.

3 leçons

Technique sans politique ne vaut guerre mieux que science sans conscience.

Exemple avec la faiblesse des réponses à la question de la prise en compte de l’enjeu de la vie privée dans la collecte des données personnelles liée aux services distribués et nomades s’appuyant sur les technologies mobiles, NFC, QrCode, RFID, etc :

  1. Le public est vertueux.
  2. La CNIL veille au grain.
  3. Les utilisateurs ne sont pas obligés d’utiliser ces services.
  4. Cela relève de choix politiques, ce n’est pas de notre ressort.

Aucune réflexion sur :

  • quelles données personnelles (et quels croisements de données) sont suffisantes pour fournir un service de public de qualité ?
  • quelle procédure d’anonymisation des données si une conservation est nécessaire ou utile pour des raisons d’évaluation du service par exemple ?
  • quelles garanties techniques et procédurales (règles internes, contrôle citoyen) ?

Dire que les élus infantilisent les citoyens, c’est faire injure aux enfants.

St Maur-des-Fossés a mis en place un outil de dialogue pour les communautés éducatives pour chaque école et classe : enfants, parents et leurs fédérations, professeurs, associations, élus. Les discussions entre enfants pouvaient être vives et ont démontré qu’ils étaient capable de prendre en compte la contrainte budgétaire dans des choix. Plus jamais je ne dirai que les élus infantilisent les citoyens lorsqu’ils disent qu’ils ne sont pas capables de gérer le budget d’une collectivité.

Opposer à la rupture (surtout technologique), la logique de la courbe d’apprentissage.

Il vaut mieux capitaliser dans la durée, plutôt que de promouvoir une idéologie de la rupture : ne pas sous-estimer la routine des usages.

Cela rappelle le cas de l’e-mail, qui reste un outil essentiel de communication professionnel malgré les tentatives successives de le remplacer en partie ou totalement (groupware, flux RSS, Google Wave, réseaux sociaux, …).

2 questions

La technologie ne créée-t-elle pas de nouvelles barrières à l’accès au service public, contribuant à créer un service public à plusieurs vitesses ?

Cas des services web / applications mises à disposition pour les smartphones : l’équipement est loin d’être généralisé aujourd’hui, et la part des connectés à internet encore plus faible. N’y a-t-il pas le risque de privilégier des citoyens déjà parmi les plus à même de bénéficier des services publics ? Ou bien, peut-on considérer que les éventuelle efficience accrue par ces services permettent de dégager des moyens dédiés pour des citoyens plus éloignés des services publics ? Peut-on mettre les choses en balance comme cela ?

Comment dépasser la réponse à des intérêts individuels communs pour répondre à l’intérêt commun ?

L’ouverture des données publiques répond à des aspirations de notre époque :

  • avoir tout tout de suite (notamment avec les applications mobiles développées à partir de ces données)
  • une plus grande transparence
  • une plus grande participation

Mais le service public ne doit-il pas en même temps permettre trouver des espaces / dispositifs / process / services… qui permettent :

  • le temps long de l’analyse et du débat contradictoire
  • l’expression et la visibilité des différentes opinions
  • la capacitation des citoyens pour ne pas rester spectateur / consommateur
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