Bonne résolution 2011 : rentrons en transition !

Dimanche 9 janvier 2011 en fin d’après-midi, la petite salle Bellevue était bondée pour la projection, organisée par ACF49 (1), de « In Transition », un court film de présentation du mouvement des villes en transition, né au Royaume-Uni qui s’est rapidement étendu dans le monde, et a été particulièrement remarqué lors du sommet de Copenhague sur le climat fin 2009 (2).

Si vous n’y étiez pas, séance de rattrapage:

Et quelques liens supplémentaires:

Les participants, militants aguerris ou citoyens novices, ont été très marqués par ce film qui a « fait écho » (3) à des expériences personnelles et des projets collectifs. Tous ou en tout cas beaucoup ont senti qu’il y avait là moyen de répondre à une attente, qu’une opportunité flottait dans l’air sans qu’elle n’ait vraiment été saisie ce soir-là. Essayons de le faire avant qu’elle ne retombe.

Avertissement:

Ce texte reprend de nombreuses expressions entendues ce dimanche après-midi. Il ne constitue pas pour autant une synthèse des échanges. Par ailleurs, si à titre associatif, j’ai suivi attentivement l’émergence d’ACF49, je n’en fais pas partie (jusque là) et ce texte est un propos personnel qui n’engage que moi.

5 bonnes raisons de s’y mettre


1. On le fait déjà en grande partie

Les parallèles sont très importants entre l’esprit, les objectifs et la méthode des villes en transition et des initiatives engagées à Mûrs-Erigné, notamment formalisées dans ACF49. L’engagement dans le mouvement des villes en transition est donc facilité car il peut s’appuyer sur les volontés locales.

2. Résister c’est créer, créer c’est résister : l’utopie

ACF49 a fait sien ce message adressé par des résistants à l’occasion du 60ème anniversaire du programme du Conseil National de la Résistance (4). Lutter contre des forces destructrices est nécessaire mais pas suffisant : il faut créer le monde que l’on souhaite. Le mouvement des villes en transition met en exergue le concept de « résilience », la capacité à s’adapter à des chocs. N’est-ce pas très proche de la résistance-créatrice ?

Parmi les chocs auxquels chacun doit se préparer, il met en exergue le pic pétrolier, c’est-à-dire le moment où la production de pétrole atteint son maximum puis régresse inéluctablement avec l’épuisement des ressources, rendant l’accès au pétrole de plus en plus difficile (en raison de la hausse des prix avant même la pénurie).

Ce n’est bien sûr pas le seul choc auquel on peut s’attendre: changement climatique, menace sur la biodiversité, … constituent des enjeux importants pour les décennies à venir qu’il ne faut pas ignorer. Le choix de prendre appui principalement sur le pic pétrolier est en fait tactique: c’est le choc dont l’impact dans la vie quotidienne est le plus concrètement imaginable pour chacun, au contraire des autres exemples cités. Il oblige à repenser complètement notre vie individuelle et collective dans les domaines des transports, de l’énergie, mais aussi de l’agriculture et de l’alimentation, de l’urbanisme, etc, à imaginer un monde post-pétrole désirable. Cette vision à 20 à 40 ans, donc à l’échelle d’une vie, réhabilite l’utopie.

3. Passer des idées aux actes : la transition

Après avoir imaginer ce monde désirable, il s’agit alors de réfléchir à la transition entre le monde actuel et ce monde désirable, ce qui a donné son nom au mouvement. Ce concept de transition est réellement un des apports majeurs du mouvement: il marque la nécessité d’une rupture avec le « business as usual », sans avoir la connotation négative de la décroissance par exemple. La transition n’est pas en elle-même négative ou positive, elle est simplement inéluctable (cf pic pétrolier). Le champ des futurs possibles est ouvert : à nous de choisir un futur positif.

Si réfléchir est nécessaire, le mouvement se caractérise par l’action: commencer dès maintenant la transition en posant les premières pierres du chemin vers le monde désirable. On retrouve le « penser global, agir local ». Cela correspond à l’esprit qui a animé la création d’ACF49, qui affiche sur son site : « Passer des idées aux actes ». Concrètement, les ateliers existants se recoupent avec des initiatives prises dans des villes en transition : création d’une monnaie locale, café citoyen, etc

4. Créer un nouvelle dynamique : un projet fédérateur

Les facteurs qui contribuent à l’attrait de cette démarche sont nombreux:

  • une approche positive-créatrice (5),
  • la variété des champs concernés,
  • la souplesse dans la mise en œuvre,
  • la participation active,
  • des réalisations concrètes,
  • l’inscription dans un mouvement dépassant le cadre national.

Cela rappelle beaucoup la recette des succès des premiers forums sociaux mondiaux. L’atout supplémentaire est bien entendu les réalisations concrètes, qui ont été une des lacunes majeures du mouvement altermondialiste jusque là.

Portée par des citoyens, elle peut impliquer des associations, des entreprises locales, les écoles, les collectivités locales, etc

La méthode des villes en transition est de créer des événements de sensibilisation pour constituer le groupe de départ et permettre l’engagement de nouvelles personnes. Avec le Festival du film nature et de l’environnement (duquel est issu ACF49) et la Fête Bio, Mûrs-Erigné dispose déjà de deux rendez-vous annuels de sensibilisation attirant à un large et divers public. Il deviendrait possible de lui proposer dans la continuité de ces temps de réflexion et de rencontres, la possibilité de s’investir dans des actions concrètes, dans un cadre collectif dépassant celui que peuvent proposer des associations (mais sans minimiser leur rôle et leur intérêt car elles s’inscriraient elles-mêmes dans le mouvement).

5. Passer la démultipliée : 1*1=3

L’un des freins majeurs à la diffusion et au développement de pratiques novatrices pour tendre vers un autre monde est l’isolement de ces initiatives. L’isolement peut être réel avec des acteurs qui s’ignorent ou simplement « perçu » quand un grande part de la population ne fait pas « le lien ». Dans les deux cas, cela contribue à maintenir ces initiatives dans une position d’alternatives, minoritaires voire marginalisées, et parfois menacées.

Avec le concept de transition, le caractère fédérateur du processus montre la cohérence d’initiatives hétéroclites. Cette cohérence se traduit par de la reconnaissance, entre les participants au processus, mais aussi de la part d’acteurs qui peuvent se positionner à l’extérieur (collectivités locales et institutions notamment).
Cette double reconnaissance peut constituer une source de légitimité et le berceau de la confiance, renforçant chacune des initiatives du processus et favorisant le travail en commun.


2 écueils à éviter


1. Rester entre soi : 1*0=0

C’est certainement l’écueil majeur. Le monde est petit pour les militants au vu de la faiblesse des effectifs des organisations impliquées dans le champ politique, quelle que soient leur forme (associations, syndicats, partis) et malgré les nombreux « cumuls ». Du coup, ce monde a développé ses propres codes (langage, règles, méthodes, etc) qui rendent parfois difficile l’accueil des citoyens « ordinaires ». L’expertise accumulée par les militants peut aussi éventuellement les rendre moins attentifs aux apports possibles de nouveaux venus.

A cette discrimination « sociologique » peut s’ajouter une discrimination « politique » ou « morale » fondée sur des valeurs. Pour être ouvert au plus grand nombre, le dialogue voire le débat sur les valeurs doit certainement être « internalisé » au maximum dans la ville en transition dans le cadre de l’élaboration de l’utopie, de la vision du monde désirée dans 20 à 40 ans. C’est l’ensemble de la société qui doit effectuer sa transition: il convient donc d’impliquer tout ceux prêts à y travailler.

Cela n’a bien sûr rien d’évident. Il ne s’agit de nier ni les conflits d’intérêts, ni les difficultés intrinsèques aux relations humaines, mais de faire le choix courageux et stratégique de la diversité culturelle plutôt que du confort de l’entre-soi. C’est essentiel pour espérer les effets bénéfiques de la démarche (voir les 5 bonnes raisons). On peut d’ailleurs, toute comparaison gardée, penser au Conseil national de la résistance déjà évoqué qui avait rassemblé des communistes aux gaullistes.

2. Tout en attendre : pas de solution miracle

Ancrées dans l’agir local, les villes en transition n’ont pas vocation à apporter des réponses à l’ensemble des enjeux de société, notamment les enjeux à échelle nationale, européenne et mondiale.

Il a été à juste titre remarqué que les chocs que subissent nos sociétés ne sont pas liés uniquement à des facteurs écologiques, mais sont aussi le fait d’actions uniquement humaines, en premier lieu la finance mondialisée. Dans ce domaine, quelle que soit la contribution des actions locales (information, développement du micro-crédit,…), toujours utiles, une action globale est nécessaire pour imposer des mesures à une échelle plus importante : lutte contre les paradis fiscaux, contrôle démocratique des banques, taxes sur les transactions financières,…

Un autre exemple est le récent mouvement social de défense des retraites de l’automne : personne ne propose de bâtir un système de protection sociale à l’échelle locale.

Ces deux écueils semblent indiquer que les villes en transition ne semblent pas adaptées pour :

  • agir global
  • porter des luttes dans une logique de rapport de forces (6)

Pour autant, elles constituent sûrement des espaces susceptibles de former des citoyens et militants, mieux à même de mener ces actions.


On essaye ?

Reprenons la méthode proposée par les villes en transition.

1. Sensibiliser à l’enjeu: des événements

C’était l’objet de la projection du documentaire qui fût un succès.

2. Construire et partager une vision : l’utopie

Voici ma contribution personnelle, sous une forme qui se réfère à l’adage selon lequel un dessin vaut parfois mieux qu’un long discours :

« Mûrs-Erigné en transition »

Quelques commentaires néanmoins:

  • Mûrs-Erigné constitue le terreau fertile.
  • ACF49 pourrait constituer à la fois le support et le lien entre tous les chantiers / initiatives.
  • Les chantiers thématiques peuvent grandir, se ramifier et se renouveler: des greffes d’initiatives existantes sont également possibles. Ils ne sont pas isolés et peuvent s’entrecroiser (la comparaison avec l’arbre a ici ses limites). Note: les chantiers mentionnés ne sont que des illustrations.
  • Des multiples projets concrets peuvent émerger (ex: la monnaie locale « echo »)… ensuite il faut attendre un peu pour en recueillir les fruits.

Et on peut espérer qu’à terme cet arbre soit noyée dans une forêt de villes de en transition.

3. Y aller par étape : la transition

Prochain rendez-vous : suite à la projection, ACF49 a invité ceux intéressés par leur démarche à participer à la réunion mensuelle d’ACF49 le samedi 5 février à 9h à l’ancienne mairie de Murs-Erigné, 70 route de Nantes, à Mûrs-Erigné.. J’y serai. Et vous ?

Pour finir… ou pas

Nous voilà au seuil d’un chemin. J’ai tenté d’indiquer dans quelle grande direction je le voyais aller. Reste à voir si nous sommes plusieurs à vouloir l’emprunter (mais ne ferai-je d’ailleurs pas que rattraper des prédécesseurs ?).
Quoi qu’il advienne, ce n’est pas la croisée des chemins, et je compte maintenir et entretenir les liens que nous avons tissés.

Notes:

(1) ACF49 : Alternatives citoyennes et fraternelles 49 – http://alter49.free.fr
(2) Après avoir assisté à la présentation de Sophie Banks qui apparaît dans le film, ma présentation, utilisée lors des comptes-rendus de Copenhague que j’avais pu faire fin 2009/début 2010, mentionnait les villes en transition (Télécharger le document original pour avoir l’animation de la diapo 11).
(3) Jeu de mots en référence au projet d’une monnaie locale, l’« écho », dont il a beaucoup été question dans la discussion qui a suivi la projection.
(4) L’appel est visible sur www.alternatives-images.net ou sur Dailymotion.
(5) Rob Hopkins qui a initié la première ville de transition à Totnes (Royaume-Uni) est un enseignant en permaculture, dont il a dérivé des principes comme : éviter le conflit si possible, partenariat, à la fois ça et ça plutôt que ça ou ça (faisons chacun à notre manière). Dans les principes de la transition, c’est encore plus explicite : il n’y a pas de place pour une pensée raisonnant en « eux et nous ». [Mes traductions]
(6) Extrait de Villes en transition : imaginer des relocalisations en urgence – Luc Semal et Mathilde Szuba – Mouvements.info :

D’abord, il y a le fait que le discours des Villes en transition ne soit pas, à proprement parler, un discours de dénonciation. En privé, presque tous les transitionners sont très critiques à l’égard des choix effectués dans leur commune – par exemple lorsqu’on permet à un supermarché de se construire sur des terres agricoles, ce qui est à la fois contraire aux principes de relocalisation économique et de relocalisation alimentaire. Mais s’ils décident de militer contre ces choix, ils le feront généralement au sein d’une autre association que le groupe de transition, et certainement pas en son nom. Les activités des groupes de transition sont plutôt orientées vers la formulation de propositions positives, élaborées de manière aussi inclusive que possible, et cette logique les incite à éviter de nommer des ennemis. Cette stratégie est évidemment discutée au sein même des Villes en transition, puisqu’elle est parfois difficilement tenable face à des projets urbanistiques aberrants, mais elle fait globalement consensus : les Villes en transition ne doivent pas apparaître comme une force de dénonciation permanente, mais plutôt comme une force de proposition constructive.

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6 responses to “Bonne résolution 2011 : rentrons en transition !”

  1. Jean françois Barrat says :

    Bonjour,

    Nous sommes candidats pour Europe Ecologie Angers Trélazé,
    bien sur ce concept nous intéresse et le film aussi.
    Nous pourrions organiser une rencontre débat sur le sujet
    le 25 février à Trélazé en soirée
    Ou se procure t-on le film?
    Seriez vous prêt à participer au débat?

    Amicalement Jean François Barrat et Jamila Delmotte

    • Mickaël says :

      Pour le film, c’est ACF49 qui en avait une copie : voyez avec eux. Mais il doit aussi être possible de le télécharger sur le web.

      Pour un débat, je pourrai être intéressé pour une soirée à condition que ce soit hors des périodes électorales.

      • Jean françois Barrat says :

        Bonjour,

        Je vais venir les rencontrer le samedi 5 février.
        C’est dommage que vous n’ayez pas d’engagement politique
        on aurait vraiment besoin de gens comme vous.

        Bien amicalement

        Jean François Barrat

  2. =:-] says :

    Un autre avantage de l’idée de transition est d’inciter à ne pas pour autant oublier les multiples forces d’inertie et de blocage. Dans le sillage des réflexions sur la décroissance, ça réfléchit aussi sur les conditions nécessaires à la transition : http://www.mouvements.info/La-decroissance-soutenable-face-a.html

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