La dessinatrice

Concentrée, appliquée, sa main parcourt la feuille avec des à coups d’une précision féroce. Son regard se détourne à peine de son objectif, juste assez pour sourire aux gamins devant elle et à ce curieux observateur de la scène.
Elle regarde cet objet avec une gravité étonnante, mais aussi avec la sympathie qu’on porte à des amis très proches.

Alors qu’elle change une fois de plus de crayon dans sa trousse, elle lance un regard interrogateur à cet observateur décidément tenace.
Mais elle se penche aussitôt vers son cahier cherchant une concentration difficile en ces lieux. Posée dans une position apparemment confortable, elle ne bouge que sa main en réponse à ses hochements de tête.
Les pigeons et les passants s’animent autour d’elle sans que cela ne la trouble.

Délaissant un Musée qui de toute façon l’attendra, elle croque à présent de jeunes gens assis sur un banc. Mais non, suis-je bête, trop d’inconstance avec un tel sujet pour aller au-delà de l’ébauche. Non, c’est le chevalier en personne qui a ses honneurs.

Ses yeux grands ouverts d’enfant vous rappellent à quel point il est beau de découvrir le monde et de le boire tout entier de peur qu’il ne s’efface devant vous.
Le temps ne vous attendra pas.

Elle croque le monde, je la croque, mais par qui donc suis-je croqué dans cette chaîne alimentaire culturelle ?

C’est bien un passant qui a attiré son oeil à présent, mais ce n’est pas notre observateur dont l’omniprésence rappelle celle d’un auteur de roman ignoré de ses personnages. Que manque-t-il pour que ce personnage prenne conscience et devienne la personne que veut bien orgueilleusement créer l’écrivain ? Quel éclair “divin” donnera la vue, la vie à cet être si lointain ? Son regard paraît vide quand il passe devant l’observateur, comme s’il lui était invisible, ou bien juste un élément du décor tout juste bon à rendre la scène plus crédible, mais inutile sur une portion de papier dont les objets répondent à des critères de vie plus naturelle.

L’observateur pourrait rentrer dans le cadre…quelques pas et le voilà lui aussi parmi les formes noires au hasard de la feuille blanche, mais il n’est qu’un observateur et ne veut sans doute interférer avec la scène, comme ces auteurs qui se permettent parfois des entrées irréelles dans leur imaginaire.
Il restera un vague souvenir périphérique pour son sujet qui dans une heure l’aura oublié complètement.
Mais n’est-on pas là dans le monde imaginaire de l’observateur et non dans sa réalité dans laquelle il ne veut pas rentrer. Prisonnier de ses rêveries intérieures, il ne peut gambader sur les chemins tortueux de la vie où les anges n’existent pas certes, mais où l’on fait quand même des rencontres étonnantes…

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